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Evénements d'actualité
 

Communiqué du CLAIRR au sujet de l'Etat des Lieux "Rapâtriés" du Conseil Economique et Social.
COMMUNIQUE COMMUN après les déclarations du Président de la République le 5 décembre 2007
INAUGURATION DU MEMORIAL (Mur) des Disparus en Algérie (1954-1963) à Perpignan
Charte du C.L.A.I.R. (Elections présidentielles)
Les Cimetières : Regroupement de sépultures
La Réalité sur l'entretien des cimetières en Algérie
 Mémorial National de la Guerre d'Algérie
Journée Nationale d'Hommage aux Harkis
Restitution d'archives au Gouvernement algérien
Le Président Jacques Chirac en Algérie : Discours
Les années algériennes de Jacques Chirac
Le 5 décembre, Hommage à tous "les Morts pour la France" d'Algérie, de Tunisie et du Maroc
A la mémoire des Combattants Musulmans morts pour la France

 

 COMMUNIQUE DU CLAIRR
au sujet de l'Etat des Lieux "Rapâtriés" du Conseil Economique et Social.

 

ETAT DES LIEUX " RAPATRIES " DU CONSEIL ECONOMIQUE ET SOCIAL
UN RAPPORT ANALYTIQUE SERIEUX, DECEVANT DANS SES PROPOSITIONS

Les Associations revendicatives de Rapatriés, signataires du présent communiqué, reconnaissent l'attention et la compréhension que leur ont témoignées les rédacteurs du rapport et le sérieux de leur analyse .

Elles tiennent à marquer leur déception globale devant les conclusions tirées et les solutions proposées.

Au plan matériel, elles déplorent la légèreté de l'examen du problème des retraites et la désinvolture avec laquelle le principe d'une nouvelle loi d'indemnisation a été écarté sans même que " la véritable évaluation des biens perdus (puisse) être opérée après un tel laps de temps "; sur ce dernier point elles soulignent la faiblesse de l'argumentation avancée reposant sur l'importance de l'effort de solidarité déjà accompli, l'incapacité supposée de la Nation à faire face à ses obligations et son refus de reconnaissance de responsabilité.

Au plan mémoriel, elles s'indignent de l'adoption de l'un des amendements lors du vote qui a conduit à supprimer l'une des propositions clés correspondant aux engagements pris par le Président de la République avant son élection. Elles regrettent enfin que les propositions concernant les Disparus ne retiennent que les militaires et oublient les civils…

Conscientes de la nature purement consultative de cette démarche, elles gardent l'espoir de voir clore le dossier des rapatriés " dans la dignité et le respect " et, comme le déclarait le candidat, de sortir enfin de " la situation où nous sommes depuis trop longtemps, dans laquelle l'Etat promet de faire un peu plus sans jamais faire tout à fait ce qu'il faut "…

 

@ssociation des @mis d'@lgérianie
A.N.F.A.N.O.M.A Association Nationale des Français d'Afrique du Nord, d'outre-mer et de leurs amis
A.R.M.R Association des Rapatriés Mineurs lors du Rapatriement et des Pupilles de la Nation
Association des Familles des Victimes du 26 Mars 1962 et de leurs alliés
M.A.F.A Maison des Agriculteurs Français d'Algérie

 

 

 

 
Les Responsables associatifs des Français Rapatriés reçus par le Président de la République, à son retour d'Algérie, le 5 décembre ont entendu les déclarations du Chef de l'Etat.

" Si la France a une dette morale, c'est d'abord envers vous " avait déclaré M Sarkozy en avril dernier.
 
Ils regrettent qu'en cette journée d'hommage national aux Victimes de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie, le Président n'ait pas saisi une telle occasion solennelle pour concrétiser cette volonté de reconnaissance et de réparation.

Ils relèvent avec consternation que sur le site de l'Elysée, n'aient été mentionnées que les associations d'anciens combattants et de rapatriés Harkis. Les " Pieds-noirs " et les " Harkis " revendiquent solidairement leur appartenance à la catégorie des " Français Rapatriés" et s'opposent à toute tentative de division.

Ils tiennent à exprimer la très vive émotion de la communauté rapatriée à la suite des déclarations du Président de la République assimilant uniquement la période française de l'Algérie à un système d'asservissement, ce qui contribue à jeter indirectement l'opprobre sur les Français d'Algérie et résonne comme une repentance qui ne dit pas son nom.

Signé par les fédérations suivantes :

- Fédération Nationale des Cercles Algérianistes, BP 213, 11102 Narbonne Cedex
- Comité de Liaison des Associations Nationales de Rapatriés (C.L.A.N.R.), 7 rue Pierre Girard,75 010 PARIS
- Comité de Liaison des Associations Indépendantes et Revendicatives de Rapatriés (C.L.A.I.R.-R.),
95 rue d'Amsterdam 75008 PARIS

 

 

 

 
Inauguration du Mémorial (Mur)des Disparus en Algérie (1954-1963)
à Perpignan


Les 24 et 25 novembre 2007 sera inauguré à Perpignan un grand monument de 15 mètres de long.

Financé par une souscription privée, réalisé tout en bronze, il comportera en son centre une oeuvre du sculpteur pied-noir Gérard Vié. De part et d'autre de ce haut-relief seront inscrits les noms de tous les Disparus en Algérie entre 1954 et 1963 sans distinction de sexe, d'âge, d'origine ou de confession.

Ce monument sera pour leurs familles et pour nous tous, rescapés vivants de cette insupportable tragédie, leur tombeau imaginaire devant lequel nous devrons nous retrouver des milliers pour rendre hommage à la fois "aux enfants, aux vieillards, à la soeur et au frère, à la fille, à la mère, au fils dans les bras de son père'', aux militaires, aux harkis, tous privés de sépulture, victimes de cette barbarie aveugle que d'aucuns encore aujourd'hui voudraient taire ou nous en faire porter la responsabilité.

MOBILISATION NATIONALE
POUR L'INAUGURATION DU MEMORIAL NATIONAL DES DISPARUS

Perpignan Dimanche 25 novembre 2007

Pendant la guerre d'Algérie, avant et surtout après les accords d'Evian, des milliers de Français d'Algérie, de Harkis, de militaires, ont disparu, enlevés sans laisser de trace. Drames terribles qui pendant des décennies
ont plongé les familles, les communautés dans des souffrances, des larmes et de terribles interrogations.
 
Pour que ce drame soit enfin connu de tous, 1500 personnes, plus de 200 associations et amicales de Français d'Algérie, se sont mobilisées pour participer à l'édification du Mémorial(*).Cette union historique de notre communauté dans le souvenir de son passé le plus tragique, exprime parfaitement son soutien sans réserve au projet du Mur des Disparus.

Le 25 novembre 2007(*), plus de 4000 participants marqueront par leur présence à cette manifestation, leur solidarité avec les familles et leur communion avec les Disparus. Ainsi sera honoré l'engagement pris à Perpignan en 2004 au congrès national du Cercle algérianiste, d'offrir aux familles meurtries le lieu de recueillement, le tombeau symbolique tant espéré.

Chers Disparus, que vos noms soient effacés ou inscrits sur ce Mur, hommes, femmes, enfants, de toutes origines, de toutes confessions, recevez ici l'hommage ému des vôtres qui n'ont rien renié de leur passé. Car c'est un droit naturel imprescriptible de tous les hommes de rendre hommage aux leurs. Il est légitime que nous nous rassemblions sur les lieux de notre mémoire en citoyens instruits de nos droits et de nos devoirs. La participation à cet événement exceptionnel de la Légion étrangère, de sa musique, symbolise hautement notre enracinement en terre d'Afrique où tant des nôtres reposent encore.

Avec les familles de Disparus nous partagerons cet instant d'émotion qui s'inscrira désormais dans notre mémoire collective. Plus rien ne sera comme avant, une page nouvelle de notre histoire sera alors écrite que nul au monde ne pourra plus contester.

Le Comité de Pilotage du Mur des Disparus

* Pour participer à la souscription ou obtenir le programme de l'inauguration, merci de vous adresser à Cercle algérianiste des Pyrénées-Orientales - Mur des Disparus - 52 rue maréchal Foch - 66000 PERPIGNAN - Permanences tous les mardis et mercredis après-midi Tél : 04 68 35 51 09.
Suzy Simon-Nicaise

 
Voir la réplique de Jean Monneret au rapport de l'université de Perpignan

 


 

Le Mémorial National de la Guerre d'Algérie

 

Le 5 décembre 2002, le Président de la République inaugurait le Mémorial national de la Guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie.
Il était accompagné du Premier ministre, du ministre de la Défense et du Secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants.

Caractéristiques du Monument

Il est constitué de trois colonnes alignées, de section carrée (5,85 m de haut sur 0,60 m de côté), séparées chacune de deux mètres et moulées dans un béton de la même teinte que la pierre calcaire de Paris.
Sur les côtés externes des colonnes des extrémités est sculptée en creux la mention : "Mémorial National de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie, 1952-1962".
Sur la face avant de la première colonne, un afficheur électronique à lettres permet de faire défiler en continu, de la base au sommet, les noms et prénoms des soldats et supplétifs morts pour la France, année par année et par ordre alphabétique.22.319 combattants morts entre 1952 et 1962 - rapatriés, anciens combattants ou harkis - ont été répertoriés et inscrits sur ce monument.
La deuxième colonne diffuse des messages rappelant la période de la guerre d'Algérie et le souvenir de tous les combattants morts au cours du conflit et des supplétifs qui ont disparu après le cessez-le feu.Une inscription au sol reprend cette diffusion.
La troisième permet la recherche rapide d'un nom sur l'ensemble de la liste sur une borne interactive.
Messages défilant sur la colonne centrale : "A la mémoire des combattants morts pour la France lors de la guerre d'Algérie et des combats su Maroc et de la Tunisie, et à celle de tous les membres des forces supplétives, tués après le cessez-le feu en Algérie, dont beaucoup n'ont pas été identifiés"
"1.343.000 appelés, 405.000 militaires de carrière ou engagés et près de 200.000 supplétifs ont servi sur les différents théâtres d'opérations d'Afrique du Nord.
Algérie : du 1er novembre 1954 au 2 juillet 1962
Maroc : du 1er juin 1953 au 2 mars 1956
Tunisie : du 1er janvier 1952 au 20 mars 1956"

Le discours du Président de la République

Quand le bruit des armes s'est tu depuis longtemps, quand les plaies se sont lentement refermées, non sans laisser de profondes cicatrices, alors vient le temps de la mémoire et de la reconnaissance.
Aujourd'hui, au nom de tous les Français, je veux rendre l'hommage de la nation aux soldats morts pour la France en Afrique du Nord il y a presque un demi siècle, ils furent plus de 22 000. Je veux saluer, avec ferveur et gratitude, leur dévouement, leur courage, leur jeunesse sacrifiée. Je veux dire à leurs familles meurtries que nous ne les oublierons jamais. C'est le message que porte ce mémorial national de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie.
Comme la loi du 18 octobre 1999, votée à l'unanimité, ce monument était attendu par beaucoup de nos compatriotes. Il signifie que les soldats d'Afrique du Nord occupent enfin, comme leurs aînés de 1914 ou de 1940, la place qui leur revient dans la mémoire de notre patrie.
Soldats de métier, combattants volontaires, Français musulmans engagés dans les forces supplétives, appelés et rappelés du contingent : tous ont connu les mêmes épreuves. Tous ont lutté pour le même idéal au service de la République et de la France.
Près d'un million et demi d'appelés et de rappelés ont participé à la guerre d'Algérie. Ils formaient l'essentiel des effectifs. Ces hommes jeunes, grandis à l'ombre de la deuxième guerre mondiale dont ils avaient enduré les souffrances et les privations, ont, à l'orée de leur vie adulte, connu l'épreuve d'une autre guerre.
Leur existence en a été marquée pour toujours.
Il y a eu la découverte de paysages grandioses et rudes. Les couleurs et les rythmes de terres familières et lointaines. Il y a eu la mission impérieuse de protéger des populations qui faisaient confiance à la France. L'isolement des unités dans le Djebel. L'alternance de l'attente et des combats soudains contre un ennemi imprévisible, insaisissable. Il y a eu l'expérience de la souffrance, de la mort, de la haine. De retour en France, beaucoup, qui avaient servi avec honneur, ont porté seuls le poids de cette guerre dont on ne parlait pas, et qui a laissé de profonds stigmates dans notre mémoire nationale.
Les Harkis, les membres des forces supplétives, qui ont tant donné à notre pays, ont également payé un lourd tribut. A eux, à leur honneur de soldats, à leurs enfants qui doivent trouver toute leur place dans notre pays, la France adresse aujourd'hui un message tout particulier de gratitude et d'amitié.
C'est autour de ces soldats de toutes armées et de toutes armes que nous nous recueillons, loin des polémiques et des passions. Tous sont unis dans notre souvenir. Tous ont leur place dans le cortège glorieux des fils de France qui se sont illustrés sur tous les continents et ont servi notre pays aux heures les plus tragiques de son histoire.
Tous les soldats tombés en Afrique du Nord, tous ceux que nous avons pu identifier, ont leur nom sur ce monument du souvenir placé au centre de Paris. Aucun ne doit être oublié. Je remercie les associations d'anciens combattants qui, avec le ministère de la Défense, ont accompli les longues et patientes recherches nécessaires à cette oeuvre de mémoire.
La liste qu'ils ont établie n'est pas close. Elle suscitera peut-être des témoignages qui permettront de la compléter, et de rendre ainsi justice à des héroïsmes méconnus.
A côté de ces noms de valeureux que nous arrachons à l'oubli pour les rendre à l'histoire, nos pensées vont aussi aux victimes civiles, à ces femmes et à ces hommes qui ont tant contribué à l'œuvre de la France outre-mer, ainsi qu'à tous les soldats inconnus de cette guerre, et notamment aux membres des forces supplétives tués après le cessez-le-feu en Algérie et dont beaucoup n'ont pas été identifiés. Tous ont droit à notre fidélité et à notre reconnaissance.
Quarante ans après la fin de la guerre d'Algérie, après ces déchirements terribles au terme desquels les pays d'Afrique du Nord se sont séparés de la France, notre République doit assumer pleinement son devoir de mémoire.
Au-delà des ombres et des lumières. Au-delà de la mort et des souffrances, elle doit garder vivante la mémoire des deux millions de soldats qui ont combattu, de tous ceux qui ont été tués ou blessés. Fidèle à ses principes et à son histoire, elle associe dans un même hommage ses enfants de toutes origines morts pour la France.
Honneur à leur courage et à leur sacrifice ! Honneur aux soldats d'Algérie, du Maroc et de Tunisie !
Vive la République ! Vive la France ! .


 

 

 

 Journée Nationale d'Hommage aux Harkis

Le 2 avril 2003, à l'occasion de l'installation du Haut conseil aux rapatriés, le Premier ministre a annoncé l'officialisation par décret du 25 septembre comme journée nationale d'hommage aux harkis et aux autres membres des formations supplétives.
Ce signe fort, manifeste la reconnaissance de la Nation envers les anciens membres des forces supplétives et assimilés ou victimes de la captivité en Algérie.
Tous les ans, à Paris et dans les chefs-lieux des départements, un hommage leur sera désormais rendu par les autorités de l'Etat.

25 septembre Journée des harkis

Hamlaoui Mekachera, secrétaire d'Etat aux Anciens combattants, s'est satisfait de la place accordée aux Harkis dans la conception du mémorial des anciens combattants d'Afrique du Nord des Alpes-Maritimes et de Monaco inauguré à Valbonne.
" Je sais combien ils ont cru en la France, combien ils lui sont restés fidèles et avec quel panache ils ont combattu pour elle. Pourtant, beaucoup furent abandonnés aux règlements de comptes des premiers jours qui ont suivi le cessez-le-feu et y laissèrent leur vie. D'autres, en nombre également, réussirent à regagner la France; mais ils n'obtinrent pas la reconnaissance qu'ils méritaient ".
Le secrétaire d'Etat a donc profité de la présence d'une importante délégation de Harkis à l'inauguration du Mémorial de Valbonne, pour souligner la création d'une Journée nationale de commémorations et d'hommages aux Harkis initiée par Jacques Chirac, président de la République.

Elle se déroulera désormais chaque année le 25 septembre.


 

 Restitution d'archives au Gouvernement algérien

Trois conventions ont été signées hier par l'Algérie et la France :
la première porte sur la réouverture du consulat général de France à Oran, fermé en 1994 pour des raisons de sécurité. La deuxième prévoit la création d'un lycée international à Alger.
La troisième concerne la restitution aux autorités algériennes d'archives en possession de la France.
Le Parisien 23 octobre 2001

Lettre du Ministère de la Culture - Centre des Archives d'Outre-Mer
En réponse à votre lettre du 26 octobre 2001, j'ai l'honneur de vous faire connaître que les archives récemment restituées aux autorités algériennes sont des traités passés par la Régence d'Alger avec des puissances étrangères entre 1636 et 1824, dont la restitution avait été décidée en 1985. En effet, ces documents sont antérieurs à la conquête de l'Algérie et n'appartiennent pas à la période française. Naturellement, ces documents ont été microfilmés par le Centre des archives d'outre-mer avant de quitter la France.

Communiqué par Jean-Pierre Rondeau, expéditeur de la lettre au Ministre


DISCOURS PRONONCE PAR JACQUES CHIRAC DEVANT LE PARLEMENT ALGERIEN LE 3 MARS 2003
A L'OCCASION DE SA VISITE D'ETAT EN ALGERIE

 Assumer ensemble notre passé commun

Principaux extraits :

Quelle émotion pour moi de voir aujourd'hui les parlementaires algériens m'accueillir au Palais des Nations, à quelques kilomètres de cette baie de Sidi Ferruch où, il y a 173 ans, a commencé la présence française. Quelle preuve de notre volonté d'assumer ensemble notre passé commun ! Nos deux histoires ont été liées pendant 132 ans. C'est pourquoi je souhaite ici rendre solennellement hommage à tous ces enfants d'Algérie qui, en 1914-1918, puis en 1939-1945, ont participé, en sacrifiant leur vie, à la défense et à la victoire finale de la France, de ses alliés et du monde libre. ( ..) Oui, nos deux peuples ont une histoire commune, avec ses ombres et ses déchirures, mais aussi avec ses pages de vie et d'harmonie. (...)

Ce passé complexe, douloureux, nous ne devons ni l'oublier, ni le renier, (...)
[Nos] liens sont également ceux de l'islam, la deuxième religion en France. Je voudrais dire combien nous partageons la vision d'un islam tolérant, ouvert aux autres religions, attentif aux églises chrétiennes d'Algérie, avec lesquelles vous avez su préserver des liens de confiance, de respect, d'amitié. En visite dans votre pays, je veux saluer les musulmans d'Algérie, mais aussi, bien sûr, les musulmans de France. Ils savent que la France tient au respect des consciences et à la sérénité des lieux de culte. A toutes ces femmes et tous ces hommes qui vivent leur foi au travers d'un islam ouvert sur le monde, j'adresse un message d'amitié, d'estime et de respect. (...)

Devant la représentation nationale algérienne, je souhaite aussi évoquer la situation internationale, en commençant par le sujet qui nous préoccupe tous : la crise en Irak. La France, vous le savez, ne poursuit qu'un seul et unique objectif : désarmer l'Irak, conformément à la volonté de la communauté internationale, telle qu'exprimée unanimement par le Conseil de sécurité des Nations unies. Mais, le désarmer, dans toute la mesure du possible, par des moyens pacifiques, ceux des inspecteurs. Car la guerre est toujours un constat d'échec et un drame. C'est toujours la pire des solutions. Et le Moyen-Orient, aujourd'hui, n'a pas besoin d'un nouveau drame, aux conséquences incalculables. (...) C'est pourquoi la France veut donner toutes ses chançes au désarmement dans la paix (...)
Dans notre monde secoué par les crises, traversé par le doute et l'incertitude, où certains sont tentés par le repli sur soi, le refus de l'autre et de la violence, puissent l'Algérie et la France faire entendre leur voix. Puisse leur volonté obstinée leur permettre de délivrer un message de solidarité et de paix tout autour de la Méditerranée et au-delà !


 Chirac l'Algérien

Les trois quarts des Algériens l'ignorent : le président français qui leur rend visite dimanche (2 mars 2003) a vécu dans leur pays. Il y a fait la guerre, puis y est revenu, jeune haut fonctionnaire, avec femme et enfant.

Enquête sur les années algériennes de Jacques Chirac.

Le régiment est arrivé en fin d'après-midi, à la mi-mai 1956. Il n'y avait plus personne. La vingtaine de paysans et de bergers installés jusque-là dans les quelques maisons en torchis posées sur le promontoire de Souk-el-Arba avaient fui dès le survol des premiers avions de l'armée française.
Les quelque 150 appelés et rappelés du 6e régiment de Chasseurs d'Afrique, pour l'essentiel venus du Nord et du Pas-de-Calais, se sont donc installés. Oh, " installés " est un bien grand mot pour un endroit si rude. Mais Belkadi Berabah, 72 ans aujourd'hui, qui les observait, caché dans le maquis, avec ses compagnons Choui Ahmed et Madani Mohamed, se souvient parfaitement des préparatifs. "Ici, ils ont monté des tentes, là, dans les masures, ils ont rangé leur matériel", explique-t-il en parcourant précautionneusement l'endroit, dont il craint qu'il ait été miné par l'armée algérienne au cours de ces dernières années de lutte contre le GIA. "Là encore, ils ont fait un cachot et là-bas, ils ont mis les canons." Puis ils se sont entourés d'un mur de pierres. Un rempart de deux mètres de hauteur, en pleine montagne, à 700 mètres d'altitude, dans cet endroit resté sauvage.
Les soldats sont arrivés trois semaines plus tôt, sur le Sidi-bel-Abbès, qui, après une traversée de 24 heures, les a menés de Marseille à Oran. Le 12 mars 1956, le président du conseil, Guy Mollet, patron de la SFIO, élu deux mois plus tôt sur un programme pourtant pacifiste, a obtenu de l'Assemblée nationale des "pouvoirs spéciaux" pour l'Algérie. Il a aussi annoncé qu'il porterait à 500 000 hommes les effectifs, que le service militaire serait prolongé jusqu'à vingt-sept mois et qu'il allait rappeler les classes de réservistes. Le départ du 6e régiment des chasseurs d'Afrique, gonflé par la moitié des effectifs du 11e RCA, a été décidé en huit jours.
Pour la plupart des appelés, c'est le premier voyage vraiment important qu'ils aient jamais fait, et ils débarquent là... Sur ce piton sauvage à la terre rouge et ocre, auquel ils ont accédé par une piste traversant quelques hameaux où, aujourd'hui, presque plus personne ne parle le français. Les officiers, pourtant, se sont montrés rassurants pendant la traversée en bateau. Plusieurs d'entre eux, comme les capitaines Edouard de Pommereau ou Henry Pechereau, sont des anciens d'Indochine et, à leurs yeux, comme le dit aujourd'hui Edouard de Pommereau, "l'Algérie paraît de la bricole". Ils sont là pour "faire disparaître une rébellion", pas pour mener une guerre. Ce n'est d'ailleurs pas un régiment d'élite comme ces légionnaires ou ces "paras" qui vont mener les grandes opérations de ratissage. Le 6e RCA a surtout pour mission de surveiller la population, de maîtriser les éventuelles embuscades, de déminer et reconstruire les pistes que de petits groupes de fellaghas détruisent régulièrement.

A la tête d'un peloton de 32 hommes du 3e escadron, chacun a déjà remarqué un jeune sous-lieutenant. Un grand garçon qui porte crânement le chapeau de brousse sur la nuque. Jacques Chirac a 23 ans, et ses supérieurs savent déjà que ce jeune homme qui a été reçu à l'ENA à l'automne 1954 avant d'effectuer l'école des officiers de Saumur, dont il est sorti major, a refusé la proposition que fait l'armée à tous les jeunes gens qui peuvent arguer de ce genre de diplômes : échapper à l'Algérie pour un confortable poste à l'état-major français de Berlin, où l'on a besoin d'un interprète de russe, langue que Jacques Chirac a justement apprise. Presque tous les officiers qu'il a croisés à Saumur ont d'ailleurs fait le même choix que lui. Comment auraient-ils pu "lâcher" leur régiment en partance pour l'Algérie française ?
Le 17 mars, quelques jours avant de partir, le sous-lieutenant Chirac a épousé Bernadette Chodron de Courcel. Et son capitaine, Henry Pechereau, que Jacques Chirac a invité à la cérémonie du mariage, a compris dans quel milieu social son subordonné venait d'entrer. Mais, pour les hommes qu'il dirige, le sous-lieutenant Chirac est d'abord un type chaleureux, qui marche à grandes enjambées, et paraît proche de chacun. Un officier qui, selon les souvenirs de son radio de l'époque, William, "dormait dans une mechta désaffectée pendant que nous étions sous la tente, mais faisait les corvées de peluche avec nous, près de la roulante". C'est aussi un enthousiaste de l'armée. "Un bon sous-lieutenant qui raisonnait sainement, affirme Edouard de Pommereau, et ce n'était pas inutile. Car l'encadrement de l'armée n'avait pas la valeur que nous avions pu connaître en Indochine et beaucoup étaient inexpérimentés."
Souk-el-Arba est à une trentaine de kilomètres de la frontière marocaine, en pleine montagne. La mer est toute proche, quatre kilomètres tout au plus à vol d'oiseau. L'été, il y fait chaud. L'hiver, la neige est fréquente et les pluies torrentielles. Du sommet du promontoire, on a une vue à 360 degrés sur les oueds au sud, les plaines au nord. La région commence à être quadrillée par le FLN. Aujourd'hui encore, on y trouve les restes d'une stèle érigée sur la route des crêtes à la mémoire de deux chefs fedayins tués en 1956.
Mais les combats les plus rudes n'auront lieu que plus tard, en 1958. Pour l'heure, à l'époque ou Jacques Chirac mène son peloton, la plupart des villageois environnants sont pris en étau entre l'armée française et les groupes de fellaghas. "Le jour, on offrait le café aux militaires français, se souvient un habitant de Borj Arima, le hameau le plus proche, la nuit, aux combattants de l'ALN. On n'avait pas le choix. Ils étaient tous armés."
Les officiers français ne sont pas vraiment dupes. Ils savent bien que les villageois qu'ils mobilisent pour reconstruire les pistes le jour les redétruisent la nuit sur instruction des combattants algériens. Mais ils ont encore le sentiment que le rapport des forces est largement en leur faveur. Ils sont peu informés de ce qui se passe en métropole. Bien qu'il possède une radio à ondes longues, le 6e RCA a appris avec huit jours de retard que, le 30 septembre 1956, il y a eu deux attentats meurtriers, au Milk Bar et à la Cafétéria, qui vont marquer le vrai début de la bataille d'Alger.
Même retard pour connaître le détournement de l'avion de Ben Bella, le 22 octobre. "Nous, raconte Henry Pechereau, nous faisions régulièrement nos opérations. On allait à pied, on fouillait les taillis, on arrêtait des types qui parfois n'étaient même pas armés mais que l'on appelait des "suspects".
 
Dans le Journal de marche et opérations du 6e RCA, que cite l'un des biographes de Jacques Chirac, Thierry Desjardins, sont recensées les différentes opérations. Une sorte de recensement de la vie quotidienne et de ses dangers : "6 septembre 1956, le 6e RCA participe, avec le 1er Cuir, le 10e GESA et le 2e RSA, à une opération de bouclage entre Djebel Gorine et Djebel Hermachia. Vingt Français musulmans ramenés pour contrôle, cinq suspects arrêtés. (...) 12 septembre, ratissage dans la région de Tizeret. Les escadrons passent la nuit sur le terrain. Embuscade. Bilan : deux suspects arrêtés, un suspect en fuite tué. (...) 30 septembre, patrouille, contrôle de population et renseignements au douar Moulay Idriss. Quarante-sept personnes soignées par le médecin-chef, découverte de trois grottes pouvant contenir 12 à 15 personnes."
Que fait-on des "suspects" ? "On les envoyait au commandement du régiment, affirme Henry Pechereau, par la piste. Là, ils étaient interrogés." Interrogés de quelle façon ? "Nous ne savions pas vraiment, explique encore Henry Pechereau. Il n'y avait pas de torture à l'échelon de l'escadron. A l'échelon du régiment, cela a pu peut-être se produire..." Edouard de Pommereau parle, lui, de suspects "secoués" lors de leur réception au régiment. L'ancien radio de Jacques Chirac affirme pour sa part : "Je n'ai jamais été témoin de torture. De toutes façons, cela ne se passait pas chez nous. Les rebelles, on ne les gardait pas, on les transférait." Les détachements opérationnels de protection, les fameux DOP, qui vont "professionnaliser" les méthodes d'interrogatoire, n'existent pas encore dans la région. Mais la torture est déjà pratiquée. Le premier "médecin martyr" de l'Algérie, le docteur Benaouda Benzerdjeb, est mort supplicié à l'état-major de Tlemcen au début de 1956. Tabet-Aoul Abdesselam, professeur de français aujourd'hui à la retraite, lui-même ancien torturé, affirme sans haine, mais les larmes aux yeux : "Personne ne pouvait ignorer ces pratiques, je suis formel." Le frère aîné de Tabet-Aoul Abdesselam, âgé de 18 ans, mourra en 1957 à Tlemcen, après dix jours d'interrogatoire.
Du côté militaire français, les soldats ont eux aussi le sentiment que le matage de la rébellion, qu'ils n'appellent pas encore guerre, place face à eux des combattants sans pitié. Certaines opérations tournent mal. Le 12 janvier 1957, le 2e peloton du 3e escadron est pris sous le feu de rebelles. Le chasseur Jacques Longueville est tué, les chasseurs Miniti et Bayard sont blessés. Henry Pechereau se souvient d'une autre opération, qui laisse deux tués parmi les appelés. "Nous avons ramené les corps et nous les avons veillés toute la nuit avant de les faire rapatrier", dit-il. Par la radio, ils apprennent les mutilations que font parfois subir les fellaghas aux soldats pris dans les embuscades. Cela terrifie bon nombre d'appelés. Cela les soude et les durcit, aussi.
Du point de vue du confort quotidien, l'ordinaire est sérieusement amélioré. Mais les militaires mesurent aussi bien plus concrètement la peur de ces pieds-noirs français, propriétaires de vignes où tous les employés sont musulmans, qui vivent dans l'angoisse des enlèvements et des rébellions. Les propriétés de certains gros colons, comme Romanet ou Pontet-Jourdain, sont gardées en permanence par les militaires pour leur éviter d'être incendiées ou attaquées. Et c'est une curieuse expérience que de voir pieds-noirs et Algériens, dont les enfants vont parfois dans les mêmes écoles, cohabiter dans la méfiance réciproque sans se l'avouer.
Lorsqu'il est libéré, le 3 juin 1957, le sous-lieutenant Chirac est pourtant franchement Algérie française. Sur le chemin du retour vers Paris, il a appris que le gouvernement de Guy Mollet a été renversé, mais il n'a aucun doute sur l'issue positive de la crise algérienne. Ses supérieurs, anciens d'Indochine, ont maintes fois affirmé devant lui qu'ils sauraient, cette fois, tirer parti de l'expérience de leur défaite face à une guerre d'indépendance. Même ceux qui, à l'instar d'Edouard de Pommereau, ont vécu comme un traumatisme le lâchage par le gouvernement français des supplétifs vietnamiens croient que les choses ne se reproduiront pas avec les harkis.
Chirac est aussi un "fana-mili" qui a trouvé en Algérie le goût de l'aventure. Lors d'une permission de son commandant (officiers et soldats bénéficient d'environ trois permissions de quinze jours par an), il a pris le commandement de l'escadron et a obtenu une citation, le 25 avril 1957. Enfin, il semble qu'il ait été réellement séduit par ce monde arabe auquel il croit sincèrement que la France peut apporter le progrès.
Jacques Chirac explicitera ses sentiments d'alors dans un entretien à Paris Match, le 24 février 1978 : " Pour moi, l'Algérie a été la période la plus passionnante de mon existence. (...) Pendant de longs mois, j'ai eu une vie passionnante et enthousiasmante, mais détachée de tous les éléments qui pouvaient alimenter une réflexion politique. Si bien que pour moi, le problème algérien se situait dans un contexte très particulier. On nous avait dit que nous étions là pour la bonne cause, et nous ne remettions pas cela en question. (...) Je savais qu'il y avait un gouvernement socialiste. Ce n'était pas, en réalité, mon problème à l'époque, et cela ne suscitait pas chez moi de réactions. (...) Pour moi, et contrairement à ce que l'on peut penser, ce fut un moment de très grande liberté, et probablement un des seuls moments où j'aie eu le sentiment d'avoir une influence directe sur le cours des choses. Parce qu'il y allait de la vie d'hommes qui étaient sous mes ordres et donc c'est le seul moment où j'aie eu le sentiment de commander."
Ce sentiment est si marquant que ce jeune homme, qui paraît avoir choisi, en présentant l'ENA, puis en se mariant avec une Chodron de Courcel, une carrière toute tracée et largement conformiste de haut fonctionnaire, hésite au moment de réintégrer la vie civile. Il voudrait bien se réengager, rêve de décorations, d'escapades, de victoires. Mais le directeur de l'ENA, Henri Bourdeau de Fontenay, ne l'entend pas ainsi. Il rappelle à Chirac qu'il a signé, en passant le concours de l'Ecole nationale d'administration, un engagement avec l'Etat. Et qu'il lui faut reprendre sa scolarité. Seule concession du directeur : c'est Chirac qui est choisi pour porter le drapeau français à la tête de sa promotion, lorsque celle-ci va s'incliner, comme tous les 20 juin, sur la tombe du soldat inconnu, sous l'Arc de triomphe.
Chirac ne sait pas encore qu'il va revenir en Algérie. Et pourtant, deux ans après sa démobilisation, la promotion Vauban, celle de Chirac, apprend qu'elle va devoir partir après les examens, en 1959, en "renfort administratif" à Alger. Parmi les 56 élèves (dont 5 femmes) de la promotion, beaucoup ont déjà fait leur service militaire en Algérie. L'un d'entre eux, Bertrand d'Ussel, a été tué là-bas, dès le 23 mai 1956, un mois et demi après son arrivée, dans une embuscade. Le benjamin de la promotion, Philippe Rouvillois, en est revenu blessé et décoré de la Légion d'honneur. Un troisième élève, Alain Chevalier, est né à Alger.
A l'approche de ce départ pour Alger, la promotion est passablement agitée. "Je crois que, dans l'ensemble, affirme aujourd'hui Jacques Friedman, l'un des amis de Jacques Chirac, nous n'avions pas beaucoup d'illusion sur la capacité de la France à garder l'Algérie." Mais Jacques Chirac fait partie de cette petite minorité qui, avec Alain Chevalier ou Pierre Gisserot, s'affiche Algérie française. Et, alors que le directeur de l'ENA a précisé que ceux qui ont effectué leur service militaire en Algérie peuvent être dispensés de l'obligation d'y retourner, l'ancien sous-lieutenant du 6 e RCA saute sur l'occasion de repartir là-bas, non sans avoir précisé à ses camarades que ceux qui ne veulent pas y aller sont "des trouillards".
Le 17 avril 1959, un DC4 affrété par le gouvernement français atterrit à Alger avec la plupart des élèves de la promotion. Ils vont y rester jusqu'en avril 1960. Quelques-uns des élèves, mariés, ont fait venir leurs épouses. Bernadette Chirac est de celles-ci. Le 4 mars 1958, elle a accouché de la première fille du couple, Laurence, et la petite famille s'installe dans une maison au cœur d'Alger.
Les jeunes fonctionnaires de l'ENA ont été appelés avant tout pour mettre en place les réformes promises par le général de Gaulle, qui a été nommé le 1er juin 1958 président du conseil. Et Jacques Chirac croit fermement que tout est encore possible. Le général de Gaulle ne s'est-il pas écrié, à Mostaganem, "Vive l'Algérie française", avant de lancer, le 30 octobre 1959, le "plan de Constantine", qui prévoit notamment l'attribution aux agriculteurs musulmans de 250 000 hectares de nouvelles terres et un effort scolaire considérable ? Lorsque le général Challe vient exposer devant la promotion : "Nous avons la situation en mains", il ne convainc pas tous les élèves. "Nous étions bien conscients que l'armée française avait mis à mal les FLN, se souvient Philippe Rouvillois. Mais lorsqu'on avait crapahuté comme soldat, on pensait bien qu'une pacification totale était impossible." Bernard Stasi ne croit pas non plus à cet "optimisme de commande". "J'étais convaincu, assure-t-il, que l'Algérie ne pourrait rester française. A partir du moment où le Maroc et la Tunisie étaient indépendants, je ne voyais pas comment on pouvait maintenir une Algérie coloniale avec un système qui était tout de même un système d'apartheid, où Français et Algériens n'avaient pas les mêmes droits."
Mais Chirac, lui, s'est mis au travail d'arrache-pied auprès du directeur général de l'agriculture et des forêts en Algérie, Jacques Pelissier, dont il a été nommé directeur de cabinet. Cet enthousiasme a d'ailleurs, selon Jacques Friedman, vite "subjugué" Pelissier. Mais il est clair que le jeune haut fonctionnaire est l'un des plus "Algérie française" de la promo.

Au cœur de la promotion, un petit cercle s'est formé autour des plus politisés des jeunes gens. Il y a là notamment Jacques Rigaud, Friedman, Stasi, Rouvillois. Un garçon qui fait alors son service militaire, Pierre Joxe, s'y est bientôt agrégé. "Pierre" est le fils de Louis Joxe, secrétaire d'Etat auprès du premier ministre Michel Debré. Lui aussi est convaincu que l'indépendance est inéluctable et... il ne peut littéralement pas souffrir Chirac. Un soir, lors d'un dîner, "une terrible engueulade" les a opposés, Joxe dénonçant la torture et prônant l'indépendance, Chirac évoquant les exactions du FLN et l'action de progrès des pieds-noirs. Cette violence du FLN, Chirac ne l'a pas mesurée seulement au cours de ses mois de guerre. Dans le cadre de l'application du plan de Constantine, avec Jacques Pelissier, son patron, il est parti en province pour remettre très officiellement à des paysans algériens des titres de propriété agricole. Pelissier a remarqué, pourtant, lors de la cérémonie, que les fellahs "ont l'air au supplice". Le lendemain, les deux fonctionnaires français apprennent qu'ils ont tous été égorgés par le FLN.
On en est là lorsque arrive l'affaire des barricades, le 24 janvier 1960. Elles vont durer une semaine. Une énorme foule, convaincue que de Gaulle est en train de les trahir et de lâcher l'Algérie, s'est insurgée, et les jeunes énarques constatent que les paras fraternisent. Pendant les premiers jours, chacun est convaincu que le reste de l'armée peut basculer contre la République. Stasi et Joxe ont déjà dressé une liste de personnes "à mettre à l'abri au cas où l'OAS et les barricades l'emporteraient". Puis Stasi et Friedman réunissent toute la promotion dans le bureau de Friedman et proposent de signer une pétition de soutien aux institutions et à de Gaulle. Il y a trois absents : Chevalier, Pierre Gisserot et... Chirac. Ils sont de cœur avec les insurgés, mais comme Chevalier et Gisserot sont restés silencieux sur l'initiative, on les compte parmi les signataires. Pour Chirac, c'est autre chose. Il trouve la pétition "grotesque", assure que le soutien au régime va de soi, mais assure aussi qu'on ne "signe pas un chèque en blanc, fut-ce au général de Gaulle". Son ami Friedman va le convaincre de signer avec cet argument : "Ne pas le faire serait afficher son désaccord avec le chef de l'Etat." Or, a compris Friedman, "Chirac n'aime pas beaucoup la rébellion".

De toute cette période, qu'a-t-il gardé au fond ? Un sens de la fraternité des armes, très certainement, lui qui est fils unique. De sa guerre, il ne parle que peu, encore aujourd'hui. Même son ancien capitaine, Henry Pechereau, qui l'a revu de temps à autre, n'a évoqué avec lui que des souvenirs presque anecdotiques. Mais Jacques Chirac a toujours affiché le souci ne pas accabler ni ceux qui avaient fait la guerre ni les pieds-noirs. Il a d'ailleurs si fortement mesuré ce désarroi des Français, en quittant l'Algérie, que, bien plus tard, devenu responsable politique, il ne cessera jamais d'affirmer sa préoccupation - à la fois électoraliste et sincère - pour les pieds-noirs. "Il a gardé aussi le sentiment très profond d'une trahison à l'égard des harkis", affirme Friedman, sans toutefois engager de véritables réformes en leur faveur. Et l'idée très ancrée qu'il faut toujours mesurer ce que furent les exactions de l'armée française avec les violences du FLN, refusant ainsi jusqu'ici une quelconque "repentance" française.
 
En Algérie, plus des trois quarts des habitants ignorent absolument que le président français y a fait la guerre. Lorsqu'on le leur dit, ils sont surpris et s'excuseraient presque de ne pas en avoir été informés. Le maire de Picard-Khadra, Amour Mahdi, ce village de viticulteurs que Chirac et son régiment étaient venus protéger, et dont le père, le grand-père et le cousin ont été torturés et tués, en 1957, exprime même, aujourd'hui, le vœu que le chef de l'Etat français revienne dans le village. "Il serait le bienvenu, dit-il. Après toutes ces années, ce serait un honneur pour nous..."
Raphaëlle Bacqué et Florence Beaugé


 5 décembre

Hommage à tous les «Morts pour la France» d'Algérie, de Tunisie et du Maroc et appel à la cohésion du Monde combattant.

Les cérémonies du 5 décembre ayant désormais un caractère national et officiel, toute incitation à les boycotter doit être considérée comme une invitation à la désobéissance civique

• Les cérémonies officielles du 5 décembre ne visent pas à commémorer une date, historique ou pas. Laquelle faudrait-il choisir d'ailleurs ? puisque parmi celles qui avaient fait naître quelque espoir à l'époque, aucune n'a résisté aux dures réalités de l'Histoire.

• Il ne s'agit pas davantage de célébrer la fin d'un conflit puisque ce dernier s'est hélas prolongé, de façon unilatérale certes, et bien au-delà du cessez-le-feu officiel.

• Il s'agit, bien au contraire, de rendre hommage à ces quelques 24 000 valeureux compagnons d'armes, militaires d'active, appelés et rappelés du contingent, fonctionnaires civils et de police, harkis et moghaznis, infirmières, ambulancières et auxiliaires féminines, tous et toutes tués dans l'accomplissement de leur service, de leur devoir d'Etat ou de citoyen, pour défendre ce qui était alors bel et bien territoire français, ou placé sous la protection de la France.

On retiendra donc que le 5 décembre, la France entière se recueillera désormais dans le souvenir de ceux qui, de 1952 à 1962, ont versé leur sang en Afrique du Nord, pour que les valeurs de Liberté, d'Égalité, et de Fraternité demeurent dans ces pays, notamment sur cette terre d'Algérie, si attachante et qui a tant souffert depuis.

L'officialisation, au plan national, de la date du 5 décembre n'a donc rien de politique. Elle a, bien au contraire, été précisément choisie pour sortir de la querelle, hélas trop politisée, des deux dates proposées antérieurement.

L'UNC souhaite que cette décision mette, enfin, un terme à ce débat sans issue qui divisait le monde combattant depuis de trop longues années. C'est donc une mesure d'apaisement.

Extrait du Journal de l'U.N.C. "La Voix" Janvier 2004


 

CIMETIERES D'ALGERIE : REGROUPEMENT DE SEPULTURES

À l'occasion de sa visite d'État en Algérie, le président de la République avait annoncé à Alger, le 3 mars 2003, le lancement d'un vaste plan d'action visant à parvenir, dans un délai de cinq ans, à une situation satisfaisante pour les sépultures civiles en Algérie.
Dans un premier temps, les services consulaires français d'Alger et d'Annaba se sont efforcés d'établir, en liaison étroite avec les autorités algériennes, un recensement des cimetières regroupant les sépultures civiles françaises dans les zones sécurisées du pays. Les collectivités algériennes sont en effet propriétaires des cimetières dans lesquels se trouvent ces sépultures.
Accélération des travaux
Sur la base de ce bilan, les consulats français ont pu intensifier, en coopération avec les autorités algériennes, les travaux annuels d'entretien et de remises en décence dans divers sites. Afin de permettre aux collectivités locales - mais aussi aux particuliers - de participer à cet effort de mémoire et de solidarité nationale, un fonds de concours a été ouvert en 2004 pour contribuer au financement de la rénovation et de l'entretien des cimetières français. Des grandes villes comme Bordeaux, Marseille et Toulouse ont voté en 2004 des subventions renouvelables pour participer à l'action de l'État. Mais de nombreuses autres communes participent aussi à cet effort de solidarité : des communes de la région parisienne comme Maisons-Alfort et Taverny, tout comme des communes des Pyrénées-Orientales, comme Sainte-Marie-la-Mer, Saleilles, Thuir ou encore Toreilles, ont souhaité elles aussi participer dès 2004 à l'action de l'État.
Grâce à cette aide, qui abonde les crédits dégagés par l'État, les travaux de réhabilitation et d'entretien de cimetières français d'Algérie vont pouvoir être intensifiés en 2005.
Ainsi dans la circonscription d'Alger, des opérations sont notamment prévues dans les cimetières de Bejaïa, Bru, Blida, Mont-d'Or, Birmandreis, Boufarik et Tiaret. Dans la circonscription d'Annaba (Bône), dont le consulat général à été ouvert récemment, l'effort portera en particulier sur la poursuite des travaux lourds engagés dans le cimetière français d'Annaba, qui couvre une superficie de 14 ha.
Par ailleurs, afin de garder la mémoire d'un certain nombre de cimetières éloignés des centres urbains ou trop dégradés, un premier programme de regroupement de sépultures a également été élaboré par les autorités françaises, en concertation avec les autorités algériennes, qui ont validé, le 8 septembre 2004, le dossier qui leur a été soumis.
 
Après avis du Haut Conseil des Rapatriés, un arrêté en date du 7 décembre 2004 - publié au Journal Officiel du 14 janvier 2005 - définit les modalités de regroupement de sépultures civiles françaises en Algérie. Ce premier plan de regroupement porte sur environ 4 000 tombes, réparties dans 62 cimetières. (liste ci-après).
Les familles qui le souhaitent, ont jusqu'au 14 mai 2005 pour faire part de leur souhait de transférer en France, à leur frais, les dépouilles de leurs défunts. Elles doivent faire connaître leur décision au consul de France territorialement compétent (Alger ou Annaba). Une fiche technique - fournissant notamment la liste des entreprises funéraires susceptibles d'effectuer le transfert - est disponible sur le site de l'ambassade de France à Alger
(www.ambafrance-dz.org/consulat/Cimetieres/index_cimetieres.html).

Les informations peuvent également être obtenues auprès :
- du ministère des Affaires étrangères (direction des Français à l'étranger et des étrangers en France), 244 boulevard Saint Germain, 75303 Paris 07 SP
(mel : defuntsalgerie.fae-ac@diplomatie.gouv.fr),
- du consulat général de France à Alger, 25 chemin Gaddouche, Hydra 1600 Alger (www.consulfrance-alger.org),
- du consulat général de France à Annaba, rue Gota-Sebti, 23000 Annaba
(www.consulfrance-alger.org).
 
NOTA :
Communiqué du Consistoire Central de France
 
Le Consistoire suit ce dossier depuis des années avec une extrême vigilance. Des contacts au plus haut niveau ont été pris en France ainsi qu’auprès des autorités diplomatiques françaises en Algérie.
Le Consistoire est donc en mesure d’affirmer sur la foi des déclarations qui lui ont été faites que :
1/ Les regroupements envisagés ne concernent pas les cimetières juifs.
2) Ces regroupements seront effectués à la demande et sous le contrôle des autorités françaises.
Les Consistoire Central assure les Juifs originaires d’Algérie qu’il continuera à veiller avec le plus grand soin à ce que soit respecté les dépouilles de tous nos êtres chers restés en Algérie.
Pour tout renseignement :
Joël Mergui, 06 14 32 61 75, joelmergui@hotmail.com
Frédéric Attali, 01 49 70 88 00, consis@wanadoo.fr

 
LISTE DES CIMETIERES CONCERNES PAR LES REGROUPEMENTS DE SEPULTURES
 
A - CIRCONSCRIPTION CONSULAIRE D'ALGER
 
Wilaya  Cimetières de regroupement Cimetières à regrouper
 Bejaia
(Bougie)
 Bejaia
(Bougie)
 Adekar (Kabouche)
Akbou
Aokas (Cap Aokas)
El Kseur
Seddouk
Sidi Aiche
Taskriout
 Blida Blida  Beni Merad
Cheffa (La Cheffa)
Ouled Yaich (Dalmatie)
Soumaa
 Bordj Bou Arreridj Bordj Bou Arreridj Ain Taghourt
Ain Tessala
Bir Kassed Ali
Blimour (Cerez)
El Hammadi (Lacoute)
Medjana
Ras El Oued (Tocqueville)
Sidi M'Barek (Paul Doumer)
 Bouira (Coligny)   Bouira (Coligny)  Aomar
Djebahia (Laperrine)
Kadiria (Thiers)
Lakhdaria (Palestro)
M'Chedallah (Maillot)
Sour El Ghozlane (Aumale)
 Chlef (Orléansville)  Chlef (Orléansville) Ouled Fares (Warnier)
Oum Drou
 Médéa Médéa  Draa Es Mar (Lodi)
Ouamri
Ouzera (Loverdo)
 Tizi Ouzou  Tizi Ouzou  Tadmait (camp du Maréchal)
 
A - CIRCONSCRIPTION CONSULAIRE D'ANNABA
 
Wilaya  Cimetières de regroupement Cimetières à regrouper
Constantine
Constantine
 Ain Abid
Ain Kerma (Munier)
Didouche Mourad (Bizot)
El Khroub (Le Khroub)
Ibn Ziad (Rouffach)
Guelma Guelma Heliopolis
Oued Frarah
Roknia
Jijel Jijel Chekfa
Emir Abdelkader (Strasbourg)
Kaous (Duquesne)
Khenchala Khenchala  Kais (Edgar Quinet)
Mila Chelgoum Laid Ahmed Rachedi (Richelieu)
Grarem Gouga
Oued Athmenia
Sidi Merouane
Teleghma
Sétif Sétif Ain Abessa (Centre)
Ain Abessa (El Kharba)
Ain Oulmene (Colbert)
Ain Roua
Amoucha
Skikda Skikda Ain Cherchar (Auribeau)
Djendel
El Arrouch
Ramdane Djamel (Saint Charles)
Souk Ahras Souk Ahras Sedrata
Zarouria
Tebessa Tebessa El Aioun
Ouenza
Youks Les Bains
 
 
 

A LA MEMOIRE DES COMBATTANTS MUSULMANS MORTS POUR LA FRANCE
 

 

 

Le Ministre délégué aux Anciens Combattants, Hamlaoui Mekachera, pose la première pierre du Monument aux Soldats Musulmans "Morts pour la France" pendant la Première Guerre Mondiale, à Fleury-devant-Douaumont (Meuse)

 

 

 

Le mémorial qui doit être édifié à Verdun ne concerne pas seulement les musulmans qui sont tombés à Verdun, mais tous les musulmans tombés au champ d'honneur, en France et sur le Front d'Orient, de 1914 à 1918. On peut se poser la question de l'intérêt de ce projet, qui contrevient aux prescriptions de la Loi Informatique et Libertés, laquelle interdit de faire référence à la religion et à l'ethnie des citoyens. S'agit-il de satisfaire les revendications de monsieur Bouteflika ? Il serait plus logique politiquement de célébrer la mémoire de tous les combattants d'Outre-Mer, sans oublier ceux des Dom-Tom, qui risquent de se sentir lésés.

Combien de morts ? Les données des rapports Martins et des Lyons des Feuchins, établis en 1920 et 1924 avec le concours du général de Castelnau, ont été repris en 1998 par l'historien du secrétaire d'État aux Anciens combattants Claude Carlier. Malgré quelques divergences entre les tableaux publiés, on peut évaluer comme suit l'origine de ces combattants morts au combat : Algérie, 23 000 ; Tunisie, 10 500 ; Maroc, 2043 ; AOF-AEF (Afrique Occidentale Française-Afrique Équatoriale Française), 33 320 (en partie animistes ou chrétiens) ; Djibouti, Comores, Madagascar, 1000 à 2000 ; Antilles-Guyane quelques descendants d'esclaves musulmans. Soit un total d'environ 50 000 musulmans morts pour la France. En comparant ces chiffres, au total des morts de l'armée française (1,3 million), on obtient une proportion de 3% de Maghrébins et de 1% d'Africains noirs et malgaches. A Verdun, les pertes françaises s'élèvent à 163 000 tués, soit 6 à 8 000 musulmans en appliquant le pourcentage de 4%.

Quel était leur statut ? Contrairement à ce qu'affirment les nationalistes et autres anti-colonialistes, l'État algérien n'a aucune revendication à formuler, puisque ces combattants, de par le sénatus-consulte de 1865, étaient Français musulmans (FMA), et non Algériens. Les ressortissants des quatre communes du Sénégal étaient également Français (électeurs en 1848, citoyens en 1916). En revanche, les autres relevaient de colonies et de protectorats, dirigés administrativement soit par le ministère des Colonies, soit par des Gouverneurs ou des Résidents : Union Indochinoise créée en 1891, AOF créée en 1904 et AEF en 1908, protectorat tunisien en 1881 et marocain en 1912.

Participation aux combats. Quelques unités de l'armée d'Afrique participent à la bataille de la Marne. Un bataillon de tirailleurs sénégalais subit de lourdes pertes en octobre 1914 près d'Arras, et deux bataillons de tirailleurs algériens sont décimés en novembre 1914 sur l'Yser. A la fin de 1915, 31 bataillons sénégalais sont engagés sur la Somme et en Champagne, en même temps que 10 000 Malgaches et 5000 Indochinois. Le 2e Corps colonial attaque en septembre au nord de Souain. En 1916, 16 régiments maghrébins (dont 10 régiments de zouaves qui sont à moitié européens), et 4 BTS (sur un total des 230 régiments et de 52 bataillons) participent à la bataille de Verdun, et le RICM se distingue dans la prise du fort de Douaumont. Le ler Corps colonial est engagé en juillet dans la bataille de la Somme. En 1917 interviennent 41 bataillons sénégalais, dont 12 sur le front d'Orient. Les pertes du chemin des Dames sont particulièrement élevées (7000 Sénégalais tués). En 1918, Sénégalais, Marocains et Malgaches participent à la défense de Reims. Sur le front d'Orient, la Ière brigade marocaine effectue la percée victorieuse d'Uskub. Le député Blaise Diagne recrute 73 000 combattants dont 10 000 en AEF.

Loyalisme, décorations et intégration. Les prisonniers, regroupés à Zossen, résistent à la propagande allemande ; 5 à 8% d'entre eux cependant s'engagent dans l'armée turque. Aucune mutinerie n'est imputable aux régiments de tirailleurs maghrébins en 1917. Ils participent à toutes les opérations, et pour les décorations, les tirailleurs viennent juste après le RICM et le 3e Etranger. Les drapeaux du 4ème RT sont décorés de la Légion d'honneur, leurs pertes sont supérieures à celles des autres unités d'infanterie. Les Maghrébins furent heureusement surpris de l'accueil réservé par les civils français, et en retirèrent l'image d'une France accueillante et solidaire dans le malheur. L'armée fut à son insu un melting-pot entre Kabyles, Arabes, Noirs d'Afrique et Indochinois. L'institution militaire devient ainsi un modèle d'intégration et donc d'évolution future. S'ils se sont bien intégrés dans l'armée, ils ne furent cependant pas considérés comme l'égal des Français en ce qui concerne l'avancement, la solde et les primes. Clemenceau accorde alors des avantages aux combattants, il supprime certains impôts et augmente le nombre des représentants musulmans. En 1927, le code de l'indigénat sera aboli.

La guerre de 1939-1945. Selon le service historique, les pertes des Nords-Africains s'élèvent à plus de 20 000 hommes soit : 5400 tués en 1940, 3750 au Levant, 3458 en Tunisie, 4019 en Italie et en Corse, 3716 dans les campagnes de France et d'Allemagne. Les tirailleurs sénégalais et malgaches ont 17 500 tués en 1940, et 4000 de 1942 à 1945. Comparées au total de l'armée française (160 000 tués), ces pertes sont beaucoup plus lourdes qu'en 1914-1918, elles représentent 26% au total de Maghrébins, 13% d'Africains noirs).

Indochine et Algérie. En Indochine, 6.330 Maghrébins et 1.900 Africains sont tués. De novembre 1954 au 19 mars 1962 en Algérie, 4.600 Français de souche nord-africaine (soit 25% des pertes totales) et 480 Africains noirs trouvent la mort. Il faut y ajouter en 1962 : 60 à 80.000 Harkis.

Général Maurice Faivre - La Voix du Combattant - mai 2006


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