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Lieux et sites mémorables

Monuments en exil  Henri Belasco et Edgard Attias
Le "Tombeau de la Chrétienne"  Robert Dournon

 

 

 Beaucoup des monuments que nous avons laissés là-bas ont pu être ramenés et accueillis par des municipalités bienveillantes.
En voici une liste (fournie en grande partie par Henri Belasco)
Si vous connaissez la nature et le lieu "d'exil" d'autres monuments, non cités dans cette liste, nous serons heureux de la mettre à jour.

Certains monuments comportent un lien qui renvoie sur leur histoire

Ville ou Village

Nature

Lieu d'exil
Aïn el Arba Cloche Maurin (34)
Affreville Cloche (nommée Algérie) Vannes (56)
Affreville Statue (Mgr Affre) St Rome de Tarn (12)
Aïn el Turck Monument aux Morts Coulenteral (34)
Alger Statue du Mal Bugeaud Excideuil - Dordogne
Alger Cloche St Just de Narbonne (11)
Alger Statue Equestre de Jeanne d'Arc Vaucouleurs (55) Place de l'Hôtel-de-Ville
Alger 1 cloche de Ne Dame d'Afrique (refondue) Eglise St-Pierre-du-Gros-Caillou, Paris 7è Info : Jacques Servant
Alger 1 cloche de l'église Ste Monique du Ruisseau Eglise St-Pierre-du-Gros-Caillou, Paris 7è Info : Jacques Servant
Alger Carillon (20 cloches) St Vincent de Carcassonne (11)
Alger 4 cloches St Jean de Castelnaudary (11)
Alger Cloche (Cyprienne)1000Kg/1868 Geaune (40) Carillon cathédrale Alger
Berrouaghia cloche (carillon) Laval
Bône (Région) 3 cloches Sète Métairies (34)
Bône Statue Bertagna Villier-Morgon (68)
Boufarik Statue du Sergent Blandan Nancy - Rue Blandan
Boufarik Mur de la Colonisation

appel pour sauvetage
Bourkika 1 Cloche Eglise de Luché (49)
Carnot (Orléansville) Statue de Lazare Carnot, Général et Ministre
Obernai (Bas-Rhin) Info : Alain Chappet
Canrobert 3 cloches (do-mi-sol)
Quasquara (20) Raymonde Jeanne/
Josette Paule/Antoinette Jacqueline
Constantine Statue du Général Vallée, Maréchal de France
Brienne-le-Château (Aube)
(Son lieu de naissance) Info : Alain Chappet
Constantine Statue du Général de Lamoricière
St Philibert de Grand Lieu (44) Installée en 1969.
Cendres du Gal au cimetière de St Philibert
Constantinois Cloche St Paul du Moulin à vent (66)
Delly Plaque de marbre - Monument Boutin Musée école du Génie - Angers
Eugène Etienne 2 cloches St Geniès des Moures (34)
Kléber Statue de Kléber Strasbourg - Cour du lycée Kléber
Lamtar 1 cloche Nîmes N.D. du Salut
Lavigerie 1 cloche nommée Juliette Châteaudun (28)
Mers-el-Kébir Cloche Luceram (O6) abandonnée derrière l'église
Mostaganem Bourdon (muet) Nîmes Courbessac
Oran Statue équestre de Jeanne d'Arc Caen
Oran Monument aux Morts Lyon, Plateau de la Duchère
Oran Monument de Sidi Brahim Périssac (33)
Oran
Vierge Santa Cruz
Ste Patronne d'Oran
Nîmes Courbessac
Oran 3 cloches
Montpellier (34) 1 : St-Jacques
2 St-Paul
Parmentier 1 cloche St Paul du Moulin à vent (66)
Pelissier 1 cloche Juvignac (34)
Philippeville Monument aux morts Toulouse, Cimetière de Salonique
Philippeville
Plaque commémorative
Bombardement 14/9/1914
Versailles (78)
Cimetière des Grognards
Philippeville
Canon
Fort d'El-Kantara
Paris (7)
Invalides (Cour de la Victoire)
Port aux poules 1 cloche Nîmes ND du Salut
Rabelais 1 cloche Eglise de Luché (49)
Relizane 6 cloches Nîmes Courbessac
Renan 3 cloches Eglise St-Luc Brest (29)
Rouiba
3 cloches
Eglise de Grazeilles. Carcassonne
Saint Denis du Sig
4 cloches (Joséphine 564 Kg, Amélie 403 Kg, Jeanne 283 Kg, Denise 169 kg)
Le maître autel a été rapatrié par la Marine nationale de la pêcherie de Bizerte
N.D d'Afrique à Carnoux en Provence
Sainte-Léonie cloche Eglise St-Paul Perpignan (66)
Saïda Statue de St Antoine Toulouse, Eglise du Taur
Saïda Munument aux morts Bonifacio - Place Bir-Hakeim
Sétif 3 cloches St Joseph de Béziers (34)
  Stèle d'Aïn Arnat (Gal de Lattre) Wildenstein (68820) (Centre Bernard de Lattre)
Sidi-bel-Abbès Monument de la Légion Caserne de la Légion - Aubagne (13400)
Sidi-bel-Abbès Statue Notre-Dame des Spahis Eglise Saint-André - Bayonne (64100)
Sidi-Ferruch 1 cloche Rivesaltes (66)
Sidi-Ferruch 1 cloche Port Vendres (66)
Sidi-Ferruch Monument Port Vendres (66) Redoute Béar
Stora/Philippeville 1 cloche Quillan (11)
Stora Statue Vierge de Stora La Seyne sur Mer (13) Chapelle Ste Rita
Tassin 1 cloche église Monchotoir Lorient (56)
Tiaret Coq - élément Monument aux Morts Briey (54) Rond point de la Poste - Offert par M Claude Gérard
 Trois Marabouts Cloche de l'Eglise Pallon (05) Communauté protestante de Freissinières
Turenne 1 cloche Onet le Château (12)

ENCORE DES CLOCHES

 HISTOIRE DE LA FONDERIE FARNIER À ROBECOURT (Vosges)

Au cours de mes recherches sur mon village d'Abbe, j'ai appris que les trois cloches qui garnissaient le clocher de l'église provenaient de la fonderie "FARNIER Frères" sise dans le village de Robécourt (Vosges). La commande, passée en 1886, faisait suite à un véritable forcing du desservant de l'époque : au départ, il était seulement question de faire refondre une cloche fendue. Après bien des débats, la commande passée par l'Abbé Albert Génies portait, non sur une, mais sur trois cloches qui devaient en outre, donner l'accord musical parfait. La facture se montait à 1 296.15 F, livraison faite à Dellys, et un premier acompte de 500 F avait été adressé au fondeur.
J'ai appris que la fonderie Farnier, fermée en 1940, était depuis 1986, le siège d'un musée qu'on peut visiter. Le tout est coiffé par une association qui a pour but de restaurer et de faire visiter ce petit site industriel tout en faisant découvrir un beau et rare métier (il n'existe plus en France que 3 ou 4 fonderies de cloches : encore utilisent-elles souvent des méthodes modernes de fabrication qui se sont substituées à des savoir-faire qui deviennent de plus en plus rares). Outre deux fours et leurs accessoires de manutention du métal en fusion ainsi qu'une forge où étaient fabriqués et mis en place les battants de cloches, une salle abrite des collections fort intéressantes d'outils, de moules, de jeux de lettres ou de dessins divers, un film vidéo montrant, en fin de visite, les différentes étapes de fabrication.
Les archives de la fonderie, répertoriées et éventuellement consultables aux Archives départementales des Vosges, comprennent entre autres les registres d'atelier de Ferdinand Famier (de 1873 à 1914) et de son fils Georges (de 1919 à 1939) ; ces registres permettent de retrouver toutes les caractéristiques (poids, diamètre, note donnée) ainsi que l'iconographie présente sur les cloches sorties de la fonderie Jeanne d'Arc de Robécourt.
Ferdinand et Georges Famier ont ainsi fondu un total de 5 824 cloches parties aux quatre coins du monde. Les paroisses d'Algérie, ainsi que quelques-unes du Maroc et de Tunisie, ont constitué une clientèle importante puisque 87 d'entre elles en ont commandé 145.
Le tableau ci-après permettra peut-être à certains de retrouver "l'état-civil" des cloches de leur village. Ce sera probablement une autre affaire que de les retrouver alors même qu'elles ont certainement toutes quitté le clocher qui les abritait.
 
 AIN-EL-TURCK

 1
 CHARRIER

 1
 LA SENIA

 1
 REBEVAL

 1
 AIN-FEKAN

1
 CHERCHELL

3
 L'HILLIL

2
  RENAULT

1
 AIN-SIDI-CHERIF

1
 DELLYS

1
 MAILLOT

1
 RIVOLI

2
 ALGER (CitéBugeaud)

3
DJIDJELLI

1
 MARENGO

2
 SAÏDA

1
 ARBA (L')

2
 DUBLINEAU

1
 MASCARA

3
 SIDI-CHAMI

2
 ARCOLE

2
 DOUAOUDA

1
 MELLAKOU

1
  SOUK-ARRAS

1
 ASSI-BOU-NIF

2
 ECKMÜHL

1
 MERCIER-LACOMBE

1
STORA

3
 BEDEAU

1
 ER-RAHEL

1
 MERS-EL-KEBIR

2
 ST-CYPR/ATTAFS

1
 BELLEFONTAINE

1
 FORT-NATIONAL

1
 MEKLA

1
 ST-DENIS-DU-SIG

1
 BOGHAR

1
 FRENDA

2
 MISSERGHIN

2
 STE-LEONIE

1
 BÔNE

1
 GUELMA

3
 MUSTAPHA SUP.

4
 ST-LEU

1
 BOIS-SACRE

3
 HAMMAM-B-HADJAR

1
 ORAN (St André)

3
 TAGUEM.-ELZOUZ

1
 BOUFARIK

2
 HIPPONE

1
 ORAN (St Esprit)

4
 T(ou V)ALEE

1
 BOU-NOUH

1
 INKERMANN

1
 OUED-EL-ALLEUG

1
 TASSIN

1
 BOU-TLELIS

1
 KEF-OUM-TEBOUL

1
 OUED-ROUÏNA

1
 TIARET

2
 BOUZAREA

1
 KHENCHELA

1
 OUED-TEMENIA

1
 TREZEL

1
 B (ou D)REA

1
 KLEBER

1
 OULED-RAHMOUN

1
 VESOUL-BENIAN

2
 BUGEAUD

1
 LA CALLE

3
 PARMENTIER

1
 YUSUF

1
 CASTIGLIONE

2
 LACROIX

1
 PERREGAUX

2
 ZEMMORAH

2
 CHANZY

1
 LAGHOUAT

1
 RABELAIS

1
 


Par ailleurs, la maison FARNIER a également fourni des cloches en:
 
TUNISIE à EL-MAHRINE (1), GHARDIMAOU (1), KELIBIA (1), MONASTIR (2), TABARKA (3), TEBOURBA (1), THIBAR - Domaine St Joseph (3 + 1 horloge + I carillon de 13 cloches).
MAROC à TAOURIRT (1)
 
Avec l'aimable autorisation deChristian TRUCHI

 


LE "TOMBEAU DE LA CHRETIENNE"
 
Que savait-on du Tombeau de la Chrétienne au moment où commencèrent les fouilles.
Signalé d'abord par Pomponius Mela, puis par l'Espagnol Marmol, qui avait été esclave à Alger, le monument appelé en arabe: Kober Roumia (mot à mot : Tombeau de la Romaine ou Tombeau de la Chrétienne)
(1), a donné matière à de nombreuses. interprétations historiques ; interprétations de peu de valeur, à la vérité, puisque les anciens, à part les écrivains que nous venons de nommer, n'avaient pu voir le monument dont ils écrivaient, ni même la région où il était situé, et que les modernes manquent toujours de documents précis à son sujet. Il faut bien avouer qu'aujourd'hui, près d'un siècle après les fouilles de Berbrugger, nous ne sommes pas tellement mieux renseignés quant à la destination au Kober Roumia.
 
Le texte de Pomponius Mela, le plus ancien que nous connaissons, demeure, malgré les gloses modernes et les commentateurs nombreux et distingués, d'une imprécision remarquable.
Le voici : " Iol, sur le bord de la mer, jadis inconnu, illustre maintenant pour avoir été la Cité royale de Juba et parce qu'il se nomme Césarée. En deça, à l'Ouest les bourgs de Cartinna (Ténès) et d'Arsina (?), le château de Quiza (?) le golfe Laturus (?) et le fleuve Sardabale (?) ; au-delà, le Monument commun de la famille royale, ensuite Icosium (Alger)... " (De situ orbis, L. 1, chap. 6)
(2).

Le Kober Roumia est donc le " monumentum commune regiae gentis ". Ces quatre mots vagues n'ont pas encore livré leur secret. Berbrugger et de nombreux historiens ultérieurs y ont vu un mausolée du roi Juba et de sa famille. Rien, semble-t-il, ne permet de l'affirmer.
Quant à Marmol, il raconte, au livre 5, chapitre 34 de sa Description générale de l'Afrique que près de Cherchell, " sur une haute terre qui entre dans la mer, il y a deux anciens temples où l'on sacrifiait aux idoles, dans l'un desquels se trouve un dôme fort haut sous lequel les Maures prétendent qu'est enterrée la fille du Comte Julien. Et les autres hypothèses émises, si elles sont plus merveilleuses, n'en sont pas plus solides.

Situé sur une colline de 260 mètres d'altitude, près du littoral qui se creuse entre la Bouzaréa et le Chenoua, l'édifice apparaît, dit en substance Berbrugger dans son livre sur le Tombeau, comme un immense cylindre à facettes, coiffé d'un cône à gradins, et posé sur un socle carré de 63 m 90 de côté, que supporte un béton de petites pierres concassées avec, comme mortier, la terre rouge recueillie sur les lieux. Les facettes sont larges d'environ 2 m 37 et séparées par soixante colonnes engagées d'ordre ionique ancien, dont les chapiteaux sont les uns, ceux qui touchent les fausses portes, à palmettes, et les autres, à bandeaux. La base de ces colonnes repose sur une série de deux degrés.
L'édifice est constitué par un amoncellement de moellons et de grossiers blocs de tuf, recouvert extérieurement de belles pierres de taille de grand appareil ; il a 60 m 90 de diamètre, 185 m 22 de circonférence et 32 m 40 d'élévation
(3).

Le cylindre de base comporte quatre fausses portes de 6 m 20 de hauteur, encadrées dans un chambranle et surmontées d'un entablement qui s'encastre dans la partie inférieure des chapiteaux à palmettes, pour former, avec les deux colonnes latérales, un deuxième encadrement ; les portes ont des moulures saillantes en forme de croix. Celle de l'Est est à peu près intacte ; celle du Sud a disparu, laissant subsister un débris de panneau engagé à gauche.
Le cône à trente-trois gradins de 0 m. 58 chacun de haut qui couronne le mausolée, se termine, en haut, par une petite plate-forme où devait autrefois se dresser une statue. Il a subi de graves détériorations, tant par suite de la quantité considérable de pierres écroulées du fait des intempéries, qu'à cause de l'enlèvement, par les indigènes de la région, du plomb de scellement des mortaises en queue d'aronde qui réunissait les blocs.
Il semble que, lors de sa construction, le monument, pourvu de son pyramidion, du sujet architectural ou du bronze qui l'ornait, devait avoir au moins dix mètres de plus de haut. On se ferait, précise Berbrugger, une idée assez exacte de cette construction grandiose en imaginant que, si elle était placée sur la place du Gouvernement, à Alger, elle en occuperait presque toute la largeur et s'y élèverait à une hauteur égale à celle de la colonne de là place Vendôme à Paris.

Comme on le verra plus loin, les fouilles entreprises par Berbrugger allaient révéler l'existence, à l'intérieur, d'un couloir cireulaire et de trois caveaux.
L'hypogée évoque de façon frappante les tumuli égyptiens jusque dans de petits détails.
On, y pénètre par une entrée unique qui s'ouvre à l'Est sous une des fausses portes. Cette entrée fermait par une dalle à glissière que Berbrugger trouva brisée. Après un petit couloir très bas, on se trouve dans un caveau long de 5 m. 29, large de 2 m. 49, haut de 3 m 50, au fond duquel a été creusée, probablement à l'époque romaine, une excavation d'environ 7 mètres, sans doute avec l'espoir de trouver une issue secrète accédant directement au grand caveau central. A droite, s'ouvre une porte basse, sur le linteau de laquelle sont sculptés un lion et une lionne : les symboles de Juba II et de son épouse Cléopâtre Séléné, disent les partisans du Tombeau de Juba. Par cette porte, qui était également fermée d'une dalle, sept marches mènent à la galerie circulaire.
Celle-ci, très bien conservée, pavée en losanges, à la façon des rues de Timgad par exemple, est pourvue tous les 3 mètres de petites niches creusées en quart de sphères et destinées sans doute à contenir les lampes à huile, puisqu'on y remarque encore des traces de fumée. La galerie a environ 150 mètres de long, est large de 2 mètres et haute de 2 m 40. Elle fait presque tout le tour du monument, mais, arrivée près de son point de départ, elle décrit un coude brusque presque à angle droit vers le centre.

Les caveaux auxquels elle aboutit sont fermés eux aussi par des portes-dalles qui s'ouvraient autrefois à volonté, toujours comme dans les chapelles des tumuli égyptiens, mais qui semblent bien étroites pour avoir pu autrefois laisser passer des sarcophages. La première pièce a 4 mètres de long sur 1 m. 50 de large ; on y a trouvé, au moment de l'ouverture, quelques petites perles en pierre rare et des morceaux de bijoux en pâte de verre. Après un couloir de 3 m 40, on arrive dans la seconde pièce de 4 mètres sur 3, avec une voûte en berceau, située juste dans l'axe du mausolée ; on y remarque trois niches destinées égaleraient à recevoir des. lampes.
Berbrugger pensa que ces deux caveaux étaient les chambres sépulcrales où avaient dû être déposés les sarcophages ; mais beaucoup de savants estiment, aujourd'hui, que ces chambres sont simplement des chapelles où les parents et les prêtres venaient, à certains jours anniversaires, procéder à des cérémonies religieuses, en l'honneur des défunts, certainement inhumés dans un caveau plus somptueux et plus vaste, ménagé sous le sol et dont l'issue secrète a échappé jusqu'ici, pensent-ils, à toutes les investigations.
L'avenir décidera peut-être qui a raison

LEGENDES
Comme il fallait s'y attendre - nous sommes au pays du merveilleux - les légendes. concernant le Tombeau sont nombreuses et diverses.
Et d'abord, il y a celles du trésor. Elles ont des variantes multiples et remontent probablement très loin dans le temps.
Le " Kober Roumia ", disent les indigènes de la région algéroise, contient un trésor sur lequel veille la fée Halloula. Gsell (4) a recueilli une version de ce légendaire selon laquelle un berger du voisinage avait remarqué qu'une de ses vaches disparaissait toutes les nuits ; cependant, le lendemain matin il la retrouvait au milieu de son troupeau. Un soir il l'épia, la suivit et la vit s'enfoncer dans le monument par une ouverture qui se referma aussitôt. Le jour suivant il s'accrocha à la queue de sa bête au moment où elle allait disparaître et put, ainsi, entrer avec elle. Il sortit à l'aube, toujours cramponné à sa vache mais avec tant d'or qu'il devint un des plus riches seigneurs du pays.
Autre légende de même inspiration
(4) : Un Arabe de la Mitidja, tombé entre les mains des chrétiens, avait été emmené en Europe et était devenu l'esclave d'un vieux savant espagnol fort expert en sorcellerie. Un jour, celui-ci lui rendit la liberté sous la condition qu'aussitôt revenu chez lui, il irait au Tombeau, y allumerait un feu et, tourné vers l'Orient, y brûlerait un papier magique qu'il lui remit. L'Algérien obéit. A peine le papier était-il consumé qu'il vit la muraille s'entr'ouvrir et livrer passage à une immense nuée de pièces d'or qui s'envolèrent dans la direction de l'Espagne où elles allèrent, sans aucun doute, rejoindre le sorcier.

Berbrugger rapporte une recette magique tirée de la sorcellerie marocaine pour trouver le trésor du Tombeau : " Endroit appelé Tombeau de la Chrétienne. - Si tu t'y rends, tiens-toi debout à la tête du Tombeau faisant face au Sud ; puis regarde vers l'Est et tu verras deux pierres dressées comme un homme debout ; par une fouille, descends entre elles, et tu y rencontreras deux chaudrons après avoir immolé. "
Naturellement, les maîtres de la Régence d'Alger ne manquèrent pas d'être impressionnés par des récits aussi merveilleux et alléchés par les magnifiques trésors qui devaient dormir sous cette montagne de pierre.
Au XVIe siècle, le pacha Sala Reïs fit canonner le Tombeau avec l'espoir de mettre au jour des caisses d'or et de pierreries. Mais les boulets de ses bombardes ne réussirent qu'à ouvrir une brèche large mais superficielle au-dessus de la fausse porte de l'Est. Sala Reïs employa alors de nombreux esclaves chrétiens à faire une ouverture dans la muraille, mais ses ouvriers furent mis en fuite, disent les narrateurs populaires, par des légions de gros frelons noirs ; probablement, interprète Gsell, s'agissait-il des moustiques qui pullulaient dans la région avant le dessèchement du lac Halloula.

Au XVIIIe siècle, un dey employa des travailleurs marocains à de nouvelles fouilles, mais sans plus de succès. Ces fouilles-là, cependant, furent plus néfastes au monument que les bombardements de Sala Reïs, car les Marocains déchaussèrent les tenons de plomb qui liaient les blocs pour en faire des balles. Les blocs, n'étant plus scellés les uns aux autres, s'affaissèrent lentement et finirent par culbuter, si bien que, depuis cette époque, le Tombeau s'écroule en partie.
Dans une lettre du 15 novembre 1865, Berbrugger rapporte une autre légende relative au Tombeau de la Chrétienne qu'on trouve dans Marmol et à laquelle nous avons fait allusion plus haut, mais d'une inspiration différente, celle-là.

" La légende, plutôt que l'histoire, dit que le comte Julien, Gouverneur de l'Andalousie, au commencement du VIIIe siècle, pour venger un attentat du roi Roderik contre la vertu de sa fille, la belle Florinde, livra aux Arabes le passage d'Afrique en Espagne, dans l'année 711 ; Florinde, victime mais non complice du crime royal, fut pourtant et demeure flétrie jusqu'à nos jours de l'épithète " Cava ", qui se prononce " Caba " (prostituée), mot d'origine arabe, dont la signification n'est que trop connue ici. Les Espagnols, ayant entendu les indigènes donner le nom de Kober Roumia au Tombeau de la Chrétienne, ont fait de cette désignation qu'ils ne comprenaient pas, celle de " Cava " ou " Caba Roumia ". D'où ils ont conclu que c'était la sépulture de la fameuse " Cava " ; et alors ils ont donné au golfe qui s'étend sous le monument le titre de " Bahia de la Mala Myer ", Baie de la Mauvaise Femme.

Ajoutons enfin que des traditions locales toujours vivantes prétendent qu'une galerie appelée " Ras-el-Mendjel " mènerait de l'intérieur du Tombeau jusqu'à une grotte du littoral nommée Mersa-es-Safa, située entre le Rocher plat et la Maison Etourneau.
Mais personne n'a encore retrouvé ni le Ras-el-Mendjel ni la Mersa-es-Safa.

LES FOUILLES DU TOMBEAU

Quoiqu'il en soit, Berbrugger fut parmi les premiers Français qui approchèrent le Kober Roumia.
Le 20 octobre 1835, le Maréchal Clauzel, Gouverneur Général, accompagné de son secrétaire particulier Berbrugger, et escorté d'une colonne mobile, alla visiter l'imposante et mystérieuse pyramide de pierres : visite trop rapide pour que d'utiles observations aient pu être faites.
Par ailleurs, la région, à cette époque, n'était pas assez sûre pour qu'une expédition scientifique pût avoir lieu.
Dix ans plus tard, en 1845, le comte Guyot, directeur de l'Intérieur à Alger, vint à son tour, au cours d'une tournée dans la Mitidja, visiter le Tombeau.

 

Entrée secrète sous la fausse porte

A son retour, il demanda au Maréchal Soult, Ministre de la Guerre, un crédit de 5.000 francs pour entreprendre des fouilles, crédit qui lui fut refusé faute de fonds, et aussi de crainte que - on ne voit pas bien poûrquoi - ces " travaux ne produisent mauvais effet sur les Arabes ".

Enfin en 1855-1856, comme nous l'avons précédemment indiqué, Adrien Berbrugger fut chargé par le Maréchal Randon, Gouverneur Général, de pratiquer les premières fouilles.
Mais, comme toujours en pareil cas, - les ressources financières ne tardèrent pas à manquer.
Ce n'est qu'en 1865, à l'occasion d'un passage de Napoléon III près du Kober Roumia, qu'une exploration sérieuse fut décidée, alimentée par des fonds que l'Empereur préleva sur sa cassette particulière
(5). Une décision de juin 1865 désigna MM. Berbrugger et Mac Carthy comme chargés de travaux.
Par une entente tacite, ce fut Berbrugger qui prit la direction effective de l'expédition.
Durant les 7, 8 et 9 juillet, Berbrugger et Mac Carthy rendirent une première visite préparatoire au mausolée mauritanien, pour reconnaître le terrain et préparer un plan d'exploration.

Le double but que s'étaient fixés les explorateurs était de déblayer suffisamment la construction pour retrouver la forme architecturale primitive du Tombeau, rendue informe par l'action conjuguée du temps et des chercheurs de trésors, et de découvrir l'hypogée qu'il devait contenir.
L'édifice à explorer, on l'a vu, présentait une élévation de 33 mètres sur une base de 128 mètres. Les pierres écroulées entouraient le bas du monument sur une hauteur de 14 mètres. De plus, il ne fallait pas ajouter de nouvelles détériorations à celles déjà existantes.
Par ailleurs, le mausolée était loin des voies régulières de communication, à 7 kilomètres de tout centre de population.
Le 5 novembre 1865, l'expédition arriva sur le terrain sauf, naturellement, Mac Carthy, qui ne la rejoignit que le 6 décembre.

Les travaux ne devaient aboutir que le 5 mai 1866 à 2 h. 15 de l'après-midi. Ce jour-là, le trépan, qui travaillait dans la partie Sud du mausolée, tomba dans le vide, indiquant une cavité. Un boyau de mine horizontal de 6 m 75 fut aussitôt creusé en partant du point le plus proche de l'extérieur et les explorateurs accédèrent bientôt au couloir circulaire long de 150 mètres qui se love au coeur du monument ; en poussant jusqu'au bout, ils parvinrent aux trois caveaux centraux qu'ils trouvèrent vides.
Après quelques sondages complémentaires, l'exploration du Tombeau de la Chrétienne fut considérée comme terminée par les explorateurs ; elle ne donnait pas de grands résultats.

Berbrugger consigna le résultat des travaux d'exploration du Tombeau dans un livre qu'il publia en 1867 chez Bastide, à Alger : Le Tombeau de la Chrétienne, Mausolée des Rois Mauritaniens de la dernière dynastie, par M. Berbrugger, Inspecteur général des Monuments historiques et des Musées archéologiques de l'Algérie, etc..., avec vues du monument avant et après l'exploration et plan de l'hypogée.
Ce livre se trouve à la Bibliothèque nationale d'Alger, inscrit sous le N° 52.173.

 

(1) D'après un orientaliste, M. Juda, cité par Albert Caise dans sa notice sur le Tombeau (Blida, Mauguin édit., 1893) Kobor roumia signifierait en phénicien : " Tombeau royal ".
Par ailleurs, indiquons que selon Shaw (Voyages en Barbarie et au Levant, trad. française, La Haye, 1743, p. 58, tome I) les Turcs nommaient le Kober " Maltapasy ", c'est-à-dire : le Trésor du Pain de sucre, et qu'il servait " de direction aux matelots ".
(2) Le raisonnement sur lequel on se base pour voir dans le Kober Roumia le tombeau de Juba II est assez fragile malgré tout, et paraît une simple spéculation de l'esprit. Le voici : Pomponius Mela, que nous venons de citer, écrivait son De situ orbis, vers l'an 45 p.C. Le géographe Strabon ne parle pas de ce moment dans sa description des côtes d'Afrique qui est antérieure à l'an 12 p.C., date de sa mort. Donc, le tombeau a été construit entre les années 12 et 45. Or, Juba II étant mort vers l'an 25, il s'ensuit.. - Ajoutons, toutefois, qu'on a recueilli, dans le déblai du N.O. un moyen bronze de Juba II
(3) Il est difficile de parler du Tombeau de la Chrétienne sans signaler qu'il existe dans le département de Constantine, près de Batna, un Mausolée analogue, le Medracen, qui serait le Tombeau de Massinissa, et qui semble avoir inspiré les constructeurs du Kober Roumia.
L'un et l'autre sont essentiellement formés d'un énorme tas de pierres recouvert d'une enveloppe architecturale. Le tas de pierre, plus ou moins haut, plus ou moins orné, a toujours été une sépulture africaine.
(4) Stephan Gsell. - Cherchell, Tipasa, Tombeau de la Chrétienne. - Adolphe Jourdan, éditeur - Alger.
(5) Les frais d'exploration s'élevèrent en tout à 15.000 fr. (lettre du 14 juin 1866).

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