Le Mémorial des Disparus de PERPIGNAN


24 et 25 novembre 2007
Inauguration à Perpignan d'un grand monument de 15 mètres de long.
 
Financé par une souscription privée, réalisé tout en bronze, il comporte en son centre une oeuvre du sculpteur pied-noir Gérard Vié. De part et d'autre de ce haut-relief sont inscrits les noms de tous les Disparus en Algérie entre 1954 et 1963 sans distinction de sexe, d'âge, d'origine ou de confession.
Ce monument est pour leurs familles et pour nous tous, rescapés vivants de cette insupportable tragédie, leur tombeau imaginaire devant lequel nous devrons nous retrouver des milliers pour rendre hommage à la fois "aux enfants, aux vieillards, à la soeur et au frère, à la fille, à la mère, au fils dans les bras de son père'', aux militaires, aux harkis, tous privés de sépulture, victimes de cette barbarie aveugle que d'aucuns encore aujourd'hui voudraient taire ou nous en faire porter la responsabilité.
Suzy Simon-Nicaise

 22 novembre : un article écrit par José Bueno, paru sur le journal La Provence.
"J'y serai à Perpigan... et je me ferai un devoir ensuite d'écrire toute l'émotion qui ne manquera pas d'entourer l'inauguration... Cette reconnaissance tant attendue est en marche... "
José Bueno..



25 novembre.
J'ai assisté ce matin à l'inauguration du mur ou mémorial des disparus en Algérie. Grand moment d'émotion !
La Légion Étrangère était là et en final nous avons eu le Chant des Africains et j'ai vu pleurer tous les gens autour de moi .
Il y avait plus de 7.000 personnes. C'était poignant et j'en suis encore toute retournée.J'avais envie de vous faire partager
ce moment.
Bien sûr il y a une manifestation anti-mur mais il y avait un service d'ordre formidable et n'ont pu rentrer que les gens munis d'un badge.
Le mur à été dévoilé par trois enfants de disparus, une de pied-noir, un de militaire et un de harki.
Pour le pied-noir c'était Josette Martinez de Misserghin. Son père a disparu le 6 juillet 1962 entre Misserghin et Oran.
Hier, toute la journée c'était au Palais des Congrès avec film sur l'Algérie et colloque avec des réalisateurs et journalistes.
Josette Cengik
 
AFP - Dimanche 25 novembre, PERPIGNAN (AFP) - (Droits réservés)
 
Plus de 5.000 personnes ont assisté dimanche à Perpignan à l'inauguration d'un mur à la mémoire des disparus français et harkis de la guerre d'Algérie, en présence du secrétaire d'Etat chargé des Anciens combattants, Alain Marleix.

"Perpignan la solidaire ne pouvait pas ignorer ces vies brisées", a déclaré le maire Jean-Paul Alduy. "Une ville qui a accueilli des Républicains espagnols comme les rapatriés d'Algérie se devait de permettre la mise en place d'un monument aux disparus ensevelis dans la mémoire de l'Histoire", a-t-il ajouté.
Sur ce "Mur des disparus, morts sans sépulture en Algérie (1954-63)", familles de rapatriés d'Algérie et harkis ont découvert avec émotion les noms des 2.619 disparus sur dix plaques de bronze placées autour d'une figure allégorique "à la mémoire des disparus morts sans sépulture".
Erigé grâce à une souscription organisée par une association de rapatriés, le Cercle algérianiste, ce mur de l'ancienne prison de Perpignan est également composé de deux plaques de marbre portant l'inscription "Aux harkis disparus".
"Nous devons surmonter l'affrontement systématique des mémoires pour aller à l'établissement objectif des faits et à la vérité des événements", a déclaré le secrétaire d'Etat à la Défense chargé des Anciens combattants, Alain Marleix.
"Je veux une politique de mémoire assumée (...), la mémoire doit devenir ce qui nous rassemble enfin 45 ans après les faits", a-t-il conclu.
La veille, quelque 200 personnes s'étaient rassemblées à l'appel de 50 organisations pour protester contre l'inauguration de "ce mur de la honte", qui "organise un tri sélectif des victimes de la colonisation", selon les organisateurs.
Sur ce monument, les phrases initialement prévues d'Albert Camus et de l'Algérien Slimane Benaïssa ont été remplacées par celles des écrivains Jean Brune et Chateaubriand, à la demande de la fille du prix Nobel, Catherine Camus, et du dramaturge algérien.
La parente d'un disparu pleure en montrant un nom sur le mur.

 
Allez ici
 
http://www.dailymotion.com/relevance/search/le+mur+des+disparus/video/x3l5st_guerre-dalgerie-au-pied-du-mur_news

Vous verrez l'article sur le mur et une petite video où l'on voit Viviane s'exprimer
 
Sur le site de Babeloued story, un diaporama :
 
http://www.babelouedstory.com/thema_les/disparus/perpignan_mur/disparus.html
 
 
 

 Mur des Disparus : recueillement à Perpignan

Le coeur serré par l'émotion, les plus proches parents de ceux dont le nom a été gravé dans le marbre du Mur des disparus ont laissé libre cours à leur détresse. Après 45 ans de silence, entre pudeur et cri du coeur, ils ont laissé leurs larmes dire ce que les mots sont impuissants à exprimer.

 

Cher papa. Je me souviendrai toujours de cette journée du 20 juin 1962. J'avais dix ans, tu en avais quarante..."
Cher papa : deux mots simples brisent le silence. Restent suspendus dans l'air, malgré les efforts d'une tramontane prête à les emporter au loin. Ébranlent ces corps jusque-là drapés dans une dignité douloureuse. Et finissent par distordre ces visages, qui s'étaient pourtant promis de rester forts.
L'histoire de ce petit garçon, écrivant à cette ombre qui a pour nom papa, c'est la leur. Celle de leur propre père, de leur mère. De leur grand-père ou de leur femme. De leur oncle, cousine, ami, fiancé. L'histoire de ce bout de leur vie dont ils se sentent amputés... "Nous ne saurons jamais si tu es mort, où, et comment, et si tu as souffert !" La voix se brise derrière le micro. Les larmes débordent des lunettes noires. Et même sous les couvertures de survie, seules taches d'or dans un océan de grisaille, on distingue clairement les reliefs que forment ces mains qui se serrent.
"Je m'étais promis de ne pas pleurer"
"Juin 1962... novembre 1956... avril 1962... printemps 1957... juillet 1962..." La litanie semble ne pas avoir de fin. Noms. Lieux. Dates. Âges. Pris au hasard d'une liste tissée de drames. Évocation de fantômes qui font tressaillir ceux qui n'ont cessé de penser à eux depuis quarante-cinq ans.
Il est temps, semblent dire les sanglots silencieux. Il est temps de pouvoir dire au revoir à autre chose qu'à un souvenir.
Sur son fauteuil, poussé doucement par sa femme, Boris répète, inlassablement. "Pour rien au monde... Pour rien au monde...". Pour rien au monde, il n'aurait manqué ce rendez-vous. Depuis que la maladie lui a fait élire ce fauteuil pour assise permanente, c'est son premier voyage. Un voyage de Lyon à Perpignan, dit-il. Ce qu'il ne dit pas, c'est que son voyage, il le poursuit jusqu'en Algérie, sur la route du souvenir. À l'époque où Boris courait sur d'autres rivages. "Aujourd'hui, j'aurais voulu être sur mes deux jambes. J'aurais dû être sur mes deux jambes", assène-t-il, comme pour dire qu'il s'est passé trop de temps. Josette a passé son doigt sur ce nom. Martinez. Comme pour le graver dans sa chair. Et son doigt s'est mis à trembler. Le tremblement a gagné tout son corps. "Je m'étais promis de ne pas pleurer", articule sa bouche derrière un rideau de larmes. Son père avait l'intention de rester. On lui avait dit qu'il pouvait rester. "Mais ils n'ont pas voulu de lui..." "Aujourd'hui, j'enterre mon père..."
Viviane est pétrifiée. Viviane n'est que larmes. Elle avait 17 ans, le jour où elle a vu son père pour la dernière fois. "Aujourd'hui, j'assiste enfin à son enterrement". Elle voudrait dire autre chose, Viviane la Marseillaise. Elle voudrait dire l'indicible. Et c'est dans un seul souffle qu'elle finit par dire comment sa quête de quarante-deux années a brutalement pris fin : "Le quai d'Orsay a fini par m'envoyer le rapport de la Croix-Rouge, sans un mot d'explication, sans précautions. Froidement. Disant que mon père a été égorgé et jeté dans le four d'un hammam..." Viviane s'écroule dans les bras d'Élise. Des larmes plein les yeux, Elise n'est pas seulement venue soutenir une amie. Élise est venue, comme elle dit, reprendre son identité. "J'avais quatre ans. Avec mon père, c'est mon enfance qu'on a volée. C'est mon identité qu'on a enterrée, pendant quarante-cinq ans ". Élise, elle aussi, a reçu le rapport de la Croix-Rouge. Son père aurait été vu vivant, un mois après sa disparition. "Et qu'est-ce qu'elle a fait pour lui, l'armée ? Hein, qu'est-ce qu'elle a fait ?" Dans ce petit bout de Perpignan, les yeux rougis par trop de larmes le disputent aux colonnes vertébrales raides de trop de pudeur.
Une pudeur que partagent Mohamed et Kader, venus simplement dire merci au nom de tous les harkis sans nom et sans sépulture. "Il ne faut pas oublier qu'on a été oubliés, disent-ils. Les harkis qui ont été honteusement abandonnés, c'étaient nos frères et nos soeurs".
Leurs frères et leurs soeurs. Les pères de Josette, de Viviane, d'Élise. L'oncle de Christiane, qui a disparu en revenant de l'enterrement de sa propre soeur. Les enfants sans parents, et les parents sans passé.
Hier, à Perpignan, les chemins de la douleur ont fini par croiser la longue route du souvenir.
Barbara Gorrand

26/11/2007 à 09h10 | Christian PACAUD
Bonjour. Je ne suis pas venu, ancien de la Harka de Guiard, prés d'Aïn Témouchent en 1961 - 1962, je suis hanté par le sort réservé à mes camarades de combat. Je ne suis pas venu parce que je n'aurai pas supporté, et bien que deux membres assez éloignés de ma famille furent assassinés ( un dans sa ferme de Mouzaïaville , l'autre rue d'Isly ),j'ai préféré laisser les familles , trop nombreuses témoigner de leur détresse . Qu'elles sachent que si elles ont besoin de nous , elles ont notre entier soutien et dévouement. Nous ne remercierons jamais assez Monsieur le Maire de Perpignan, son Conseil Municipal, Madame Tabarot les Cercles Algérianistes et tous ceux qui ont oeuvré à ce " Mur des Disparus " et à cette manifestation .
 
 
Bien sûr il y eut des opposants, qui ont même fait un colloque à l'université de Perpignan,
mais l'historien Jean Monneret leur a cloué le bec
voir ici
 
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