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Libres opinions

 

Réponse ouverte de l’auteur du film « Algérie, histoires à ne pas dire » à lettre fermée de Brahim Senouci.
Jean-Pierre Lledo,
Paris, le 10 Avril 08
Réactions au film du 26.1.2008 sur FR3 : LES PORTEUSES DE FEU
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 Colloque : le 5 juillet 1962 à Oran  Université de Jussieu
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 Réponse ouverte de l’auteur du film « Algérie, histoires à ne pas dire »
à lettre fermée de Brahim Senouci.

 Jean-Pierre Lledo

10 avril 2008
Une longue tournée de présentation du film dans le Sud de la France m’a empêché de te répondre plus tôt. Désolé.
Brahim, tu es donc allé au Cinéma Reflet Médicis non pour voir mon film, pour te faire une opinion par ta propre vision, tes propres sensations, mais « pour être éclairé par le débat qui devait suivre la projection » ? Il est triste pour un cinéaste de lire une chose pareille. Surtout quand juste après, tu nous dis ton refus de participer à ce débat pourtant attendu. Que dire alors de la raison avouée dans la Tribune même de la Ligue des Droits de l’Homme ! Les « visages basanés » n’étant pas nombreux dans la salle, ceci eut pour effet de « raviver mon inquiétude », dis-tu. Est-ce je rêve ? Surtout venant d’un mascaréen à la peau laiteuse. Non, malheureusement : le reste va nous le montrer.
Et comme tu n’es pas resté au débat, souffres quand même que je « t’éclaire » de mes quelques petites lanternes.
Tu dis être parti juste après le film, mais à te lire je me suis demandé si tu avais vraiment vu, entendu le film ? En voici 3 exemples :

· « Diatribe d’Aziz, contre l’Algérie, l’indépendance, le 5 Juillet » ? Aziz dit autre chose ! « Qu’ils se la gardent leur indépendance, leur 5 juillet, etc… ». Il ne s’en prend donc pas à l’indépendance, mais à « leur » indépendance, celle des tenants du système. Nierais-tu qu’il y a autant d’indépendances que de statuts sociaux, l’écart entre les petits revenus et les grandes richesses étant sans doute aujourd’hui encore plus grand qu’avant 62 ? Et Aziz qui a perdu 23 hommes de sa famille, n’a-t-il pas une certaine légitimité à le crier ? Les Algériens musulmans lorsqu’ils rejettent les islamistes, ne disent-ils pas aujourd’hui : « On ne veut pas de leur Islam » ?

· « D’un revers de caméra (j’aurais) rayé tous les Algériens qui ne savent pas chanter en espagnol, ou danser le boléro » !!! Tu n’as donc pas vu dans la 1ère partie (Skikda) la famille des Mouats et celle des Khazri ? Dans la 2ème partie algéroise, Katiba et Louiza Ighilahriz la maquisarde, le jeune de Bab el Oued, un des personnages le plus évoqué dans les débats ? Dans la 3ème partie, tous ces vieux qui forment le socle constantinois, à commencer par le musicien Cheïkh Darsouni, qui évoquant un mariage juif à M’sila nous dit ce que fut son étonnement en arrivant dans cette famille : « c’étaient des Juifs ou des Arabes ?! ». Ou alors tous ces jeunes qui n’ont jamais connu de Juifs, puisque nés après 62, mais qui ne jurent que par Raymond ? Est-ce donc moi ou toi qui d’un coup de stylo, te permets de rayer 3 parties d’un film qui en a 4 ? !
Mais ne les rayes-tu pas parce qu’aveuglé par un préjugé que tu exprimes clairement : « les Algériens musulmans qui ont approché les non-musulmans (étaient) extrêmement rares » ? Mais c’est archi-faux ! Que ce soit dans les villes ou les villages de campagne. Tu peux vérifier cela, puisque la presse algérienne se tait, en allant sur le net qui heureusement échappe aux Etats, dans ces centaines de sites de villes, villages, d’écoles, de lycées, qui relatent notamment les retours de milliers de Pieds Noirs et de Juifs dans tous les endroits d’Algérie.

· « Quasi absence de référence à la colonisation ». T’es-tu aperçu que mon film n’était que l’histoire de 4 individus, et non un film d’historien sur la colonisation ? Et qu’au travers de ces 4 histoires, chaque spectateur, peut s’il n’est pas de mauvaise foi, reconstituer un tableau complexe d’une époque qui ne peut assurément pas se résumer, pas plus à ses « aspects négatifs » qu’aux « positifs ». La directrice de Bab el Oued ne voulait pas d’Arabes dans son école, mais l’instit Mme Dahan a quand même inscrit Katiba ! (et si tu n’avais pas boycotté ce débat, tu aurais pu voir ce visage basané de juive algéroise dire son bonheur que Katiba ait gardé la mémoire de sa mère… Et elle l’a aussitôt contactée !)

Cette cécité et surdité, qui t’empêchent de voir et d’entendre ce que le film montre et dit vraiment, et te font écrire ce que toi tu en as retenu, prennent racine à mon avis dans ton incapacité à concevoir qu’un système inégalitaire, même de type colonial, donc fondé sur le racisme, n’empêche ni les contestations, ni les solidarités, ni les membres de chaque communauté à pratiquer des relations de bon voisinage - voire plus - fondées sur la stricte égalité. Ni mon film « Un Rêve algérien », ni celui-là, ne t’ont donc fait comprendre que les femmes, les hommes et les enfants ne sont pas des robots formatés par « la règle d’airain » des systèmes, et qu’ils peuvent transgresser les barrières communautaires, même les plus hautes, celles de la religion ? Serais-tu le dernier adepte de cet affligeant déterminisme, qui au vécu des simples gens, n’a à opposer… que des chiffres ? Pour te guérir de cela, je te conseillerai juste d’interroger par ex. la maquisarde du film, Louisa Ighilahriz. Elle t’expliquera que dans l’immeuble de la Casbah que possédait son père, sa famille et les locataires, Juifs et Pieds-noirs formaient une grande famille !
Notre « société a été abrutie par 132 ans de colonisation… » dis-tu. Si cela était vrai, faudrait que tu expliques comment ont pu apparaître les artistes, intellectuels et dirigeants politiques des générations qui nous ont précédé et qui ont mené le mouvement de contestation à la colonisation. Mais si je te comprends bien, tu me reproches en fait de n’avoir pas offert le spectacle de cet abrutissement. Désolé ! Mais qu’y puis-je si mes personnages, qu’ils aient été militants indépendantistes ou non, ont résisté à cet abrutissement ? Et ont même profité du commerce avec des communautés un peu moins rigides, côté religieux, pour s’émanciper plus que « le système » l’aurait désiré ? Ou profité encore d’un pluralisme politique (partis, journaux, meetings, manifestations) qui leur a même donné l’impression d’être plus citoyens qu’après l’indépendance, lorsque le régime de parti unique, continuant à bourrer les urnes, a privé toute une société du pouvoir de se penser de façon autonome et de disposer d’elle-même ?
Ceci dit, comment as-tu pu voir dans mon film la description d’un « paradis perdu » ? ! Bien au contraire, et c’est pour cela que j’ai l’impression que tu ne l’as pas vu, mon film montre comment les appareils, coloniaux et nationalistes, vont s’employer à creuser des « fossés communautaires » selon l’expression en vogue chez les uns et les autres. Et ils y arriveront malheureusement, à peu près de la même manière : en faisant couler le sang, sur des critères raciaux, indifféremment des opinions.
Les parachutistes font disparaitre tous les Arabes de la mechta qui avaient pourtant protégé les agriculteurs européens, au faciès. Et les nationalistes s’en prennent à ceux qui auraient pu être leurs alliés, au faciès.
C’est cela que tu appelles un paradis perdu ? !

N’es-tu pas en fait tout simplement victime de la tournure d’esprit de tous les propagandistes – y compris ceux des « bonnes causes » - qui ne peuvent percevoir la réalité qu’au travers des simplifications, des caricatures et des généralisations ? Tu ne peux imaginer un Pied Noir ou un Juif, que riche, impoli, malveillant, raciste, etc… Et naturellement en face, l’Arabe, pauvre, vertueux, tolérant, sera donc légitimé par avance quoi qu’il fasse et dise : il ne sera jamais qu’en train de se libérer. Sartre en son temps était plus direct. Quand un Arabe tue un Pied Noir, disait-il en substance, il fait d’une pierre deux coups : un oppresseur disparaît et se libère un opprimé. (Préface aux « Damnés de la Terre » - Fanon). Consternant.

Mais venons-en à tes autres reproches principaux.

Je n’aurais évoqué que les exactions de l’ALN ? C’est faux ! Par exemple, le 1er épisode de Skikda commence, avec Aziz et ses cousins, par la description détaillée de la répression parachutiste.
Dans la 2ème partie, Katiba nous mène dans la Casbah à la Rue de Thèbes, là où des bombes des services secrets français ont causé la mort à plus de 70 personnes.
Et dans la dernière, Oran, contrairement à ce que tu dis, 3 habitants de la Marine évoquent l’OAS. L’un, ex-chef scout, dit « elle a tué plus qu’il n’en faut ». L’autre précise que les commandos OAS et FLN, venaient toujours d’autres quartiers.
Quant au 3ème, un fidaï (commando) évoquant cette guerre OAS-FLN, dit : « c’était eux ou nous ». Etais-tu sorti pour une clope à ces moments ?

De plus, il est assez malhonnête de me reprocher d’avoir « fait silence sur la terrible répression », de 55, de la guerre, de 45, ou de la conquête, alors que tel n’est pas le sujet du film !
Ta cécité dogmatique t’aurait-elle empêché de comprendre que que je racontais des histoires, surgissant des mémoires de 4 individus, inscrites dans le temps des 7 années qu’a duré la guerre, et non l’Histoire ?
Ceci dit, apprendre dès le début du film que dans la mechta du 1er personnage de Skikda, les paras ont pris sans jamais les rendre 23 personnes, soit tous les hommes adultes à partir de 15 ans, n’est-il pas suffisant pour donner idée de l’ampleur d’une répression, à un spectateur moyennement voyant et entendant ?
Cette ampleur a-t-elle atteint le chiffre canonique, toujours rond de 12 000 morts en 1955, 45 000 morts en 1945, ou 1 million 500 000 morts pour toute la guerre, de 54 à 62, comme on l’apprend dans les écoles algériennes et comme tu le répètes ? Tous les historiens libres de s’exprimer savent qu’il n’en n’est rien.
Aussi Brahim, plutôt que de reprendre les chiffres officiels, ne crois-tu pas que l’esprit critique citoyen devrait plutôt s’étonner que l’Etat algérien n’ait pas profité des multiples recensements depuis l’indépendance pour faire un décompte plus proche de la vérité ? Chaque famille est quand même en mesure de dire au moins si le père ou la mère, le grand-père ou la grand-mère a été tué ou est mort de mort naturelle, non ?

Ton refus de prendre en compte le film tel qu’il est et pour ce qu’il est, te permet donc de m’intenter une série de Procès - atteintes aux « constantes nationales » comme on dit chez nous - qui en des temps pas si reculés auraient mené à une mort certaine.
« Non seulement tu ne manifestes pas de compassion pour les souffrances de ton peuple, mais encore tu le mets en accusation pour son refus de l’Autre, du juif et du chrétien », me fais-tu dire.
Si je sais bien lire, Brahim, « ton peuple » ce ne seraient que les Musulmans ? Le Juif et le Chrétien, c’est « l’Autre », n’est-ce pas ? Je croyais savoir que telle n’est pas ta pensée. C’est pourtant ce que tu dis. Sans doute, un lapsus, mais qui en dit long sur cette idéologie dominante du mouvement national, devenue celle officielle de l’Etat indépendant, le nationalisme, et dont à ton corps défendant tu en es encore la victime.

Tu ne peux t’empêcher d’identifier le courant nationaliste à l’ensemble des Musulmans, et ceux-ci à l’Algérie, comme d’identifier les Juifs et les Chrétiens au système colonial. Normal, puisque selon toi, ils bénéficiaient « de privilèges exorbitants » !
As-tu conscience qu’ainsi tu ne fais que répéter un des stéréotypes les plus éculés du nationalisme ? Un stéréotype qui a cependant fondé le combat nationaliste, et qui a fait de l’Autre un ennemi, ce qui explique l’ordre de tuer le « gaouri » ou le « Ihoudi » au facies, à toutes les étapes de la guerre, avec le couteau, la hache, le révolver ou la bombe.

Tu attribues à l’OAS la responsabilité de l’épuration ethnique, et pour le prouver tu lui prêtes la paternité du fameux slogan « La valise ou le cercueil ». (Tu ignores sans doute qu’il fut celui du premier parti nationaliste, le PPA, dès les années 40 !).
Là encore, j’ai l’impression que tu te trouvais en dehors de la salle au moment de la séquence d’El Alia. Contrairement à ce que tu affirmes, le fidaï nous y explique qu’il n’a pas tué de façon « aveugle » ou « barbare », comme tu m’accuses de l’avoir suggéré, mais au nom d’une pensée explicitée par ses chefs : « Chez les Français, ce sont les femmes qui commandent et quand elles verront qu’ici on a tué des femmes et des enfants, elles diront à leurs maris, partout en Algérie, allez on s’en va en France ».
Après une telle révélation, et les repérages puis le tournage m’en firent découvrir bien d’autres, que peut-on conclure sinon que les FLN-ALN-GPRA n’ont pas mené la guerre avec le seul objectif, proclamé, de mettre fin au système colonial, mais aussi avec celui, inavoué en public, de pousser les populations non-musulmanes à quitter l’Algérie ?
Tu peux te référer à notre dossier de presse pour y lire les nombreuses déclarations, après 1962, de dirigeants nationalistes qui vont toutes dans ce sens, de Ben Tobbal à Réda Malek, en passant par Ben Khedda. Et dans le site du film (http://algeriehistoiresanepasdire.com) tu pourras voir le débat avec notre historien Mohamed Harbi qui dit clairement, et me semble-t-il pour la 1ère fois, qu’il y avait « des dirigeants nationalistes partisans du nettoyage ethnique ».

Cette pensée ethnique, que l’on pourrait ainsi résumer : « l’Algérie a été arabo-musulmane, avant la colonisation, elle doit le redevenir après », a, comme tu ne devrais pas l’ignorer, a trouvé sa pleine expression juridique avec le Code de la Nationalité, adopté dès que le nouvel Etat s’est constitué, c'est-à-dire à une époque où il n’y a plus d’OAS, et quasiment plus de non-musulmans en Algérie. Et que dit ce Code ? Pour être Algérien (automatiquement), faut être musulman !
Jusqu’à ce jour d’ailleurs, porter un patronyme non arabe ne fait si peu « algérien », que toi-même ressens le besoin de sur-souligner (des fois que…) : « Tous les Algériens, et l’Algérien que tu es… », !

Est-ce à dire que le nationalisme porte, seul, la responsabilité de ce gâchis humain qu’ont été la colonisation puis la décolonisation ? Ne me fais pas dire ce que je ne dis jamais ! Avec « Un Rêve algérien », j’ai déjà mis en valeur la responsabilité coloniale. Et si je fais un jour un film dans la nébuleuse OAS, j’essaierais de découvrir aussi leur part de responsabilité. Mais Brahim, là, je faisais un film, en Algérie, au milieu de la seule communauté musulmane, au cas où ta malvoyance idéologique t’aurait empêché de le remarquer… Ignorerais-tu que le travail artistique est fondé sur la métonymie ?

Tu trouves « contestable, voire haïssable » le rapport entre le nationalisme et l’islamisme. Tu n’es pas le seul, je le reconnais. Et pourtant toi qui a fui l’islamisme, tu sais parfaitement que les « terroristes », comme on les appelle aujourd’hui en Algérie, ne sont pas venus du ciel ! Ils se réclament eux aussi du Djihad et ils vont au combat avec le même appel « Fi Sabil Illah » (« Pour la Cause de Dieu »). 19 femmes et hommes du culte chrétien ces dernières années, mais hier, combien de Juifs et de Chrétiens ont-ils été assassinés comme tels ? Les uns et les autres n’ont-ils pas recouru aux mêmes exercices pratiques : viols, égorgements, éventrations, émasculations, étêtements, bombes au milieu des civils, massacres de familles… ? N’ont-ils pas eu la même prétention à détenir la Vérité, et à vouloir l’imposer par le glaive ? N’ont-ils pas été totalitaires, dans l’action et dans la pensée ? La différence, la pensée autre, n’ont-elles pas été passibles que d’un seul traitement : l’interdit et l’élimination physique ? N’ont-ils pas les mêmes ennemis : l’Occident, la France, et leurs habitants, les démocrates, les féministes, les socialistes et les communistes, les intellectuels et les libres penseurs, les francophones et les berbérophones, tout cela mis dans le même sac de « Hizb frança » (« parti de la France »). Et bien que la liste soit déjà longue, ajoutons aussi les laïcs, appelés « laïco-assimilationnistes » par le chef du gouvernement du début des années 90, Bélaïd Abdeslem, vocable inventé pour amalgamer à des anti-indépendantistes les anti-islamistes que toi et moi sommes, à une époque où une telle stigmatisation appelait le meurtre. Au fait, sais-tu que cet homme fort du pouvoir de l’époque de Boumedienne, fut aussi ce dirigeant du FLN qui durant la guerre imposa aux étudiants algériens d’ajouter le « M » de « musulman », au sigle de leur organisation (UGEMA) ?
Dois-je te rappeler aussi le brillantissime parcours de Mohammedi Saïd ? Soldat de l’armée nazie. Officier supérieur de l’ALN et maître d’œuvre de l’assassinat de 300 femmes et enfants (musulmans), en une seule nuit, coupables d’avoir eu des maris et pères restés fidèles à Messali Hadj. Membre de l’Etat Major de l’ALN. Député de la 1ère Assemblée Nationale Constituante où il chercha à faire ajouter l’épithète « islamique » au sigle RADP (République algérienne démocratique et populaire). Ministre en 1962, et enfin en 1991, pour boucler la boucle, député du FIS (mouvance qui a déclenché en 1992 une « lutte armée de libération islamique », qui a déjà causé plus de 200 000 morts, et dont on ne voit pas encore la fin).

Est-ce à dire pour autant que pour moi, nationalisme = islamisme, ou que dans chaque camp tous pensaient de façon identique ? C’est un raccourci dont je te laisse la paternité. Et la généralisation, est pour moi une forme de racisme. Il y eut des nationalistes éclairés et il y a des islamistes modérés (et nombre d’entre eux ont aussi été étranglés, égorgés ou étêtés). Mais il faut avouer que les ressemblances sont trop nombreuses, avec une même conséquence, l’exil, pour ne pas au moins réfléchir à la question. Et j’aurais quand même préféré que ce soit ces similitudes qui provoquent chez toi « un malaise », et non mon film !
Ce malaise vient de ta crainte que « les musulmans (soient vu comme) des barbares ». Mais disant cela, t’aperçois-tu que tu identifies nationalisme et peuple algérien, musulmans et islamisme, comme précédemment population non-musulmane et système colonial, c.a.d que tu restes prisonnier de la pensée ethnico-religieuse du nationalisme ? Ne pourrait-on pas enfin s’habituer à l’idée que l’on peut critiquer une idéologie sans attenter à la dignité et aux croyances d’un peuple ?
N’est-ce pas cette difficulté à penser la relation du nationalisme à l’islamisme qui, en Algérie fait désigner « terrorisme islamiste » par le pudiquement correct « décennie noire », que tu reprends à ton compte ? Cet embarras ne signale-t-il pas le point aveugle, l’informulé de la pensée nationaliste ? Ne serait-il pas temps d’y penser, toi et moi, qui sommes devenus ces nouveaux pieds-noirs chassés à leur tour de leur pays ?! En attendant qu’historiens et philosophes du bled arrachent au nationalisme l’indépendance de la pensée, et s’attaquent à ce vaste chantier, ne crois-tu pas que nous, exilés de France bénéficiant d’une plus grande liberté d’expression, avons un devoir particulier de vigilance, surtout quand on voit ressurgir dans notre pays les vieux démons ?
Nous avons signé récemment la même pétition pour dénoncer le harcèlement quotidien de l’Eglise algérienne par les autorités. Et saches que je signerai volontiers une pétition – s’il te venait l’envie d’en lancer une - pour épingler notre Ministre de la Culture qui a récemment annoncé dans un quotidien algérien qu’elle travaillait « avec l’Espagne, à la déjudaïsation du patrimoine musical algérien » (le patrimoine andalou est dans la foulée, lui aussi, « nationalisé »). Rien de moins !

Venons-en à ta dernière grosse objection : « Tu n’offres aucune grille de lecture à l’irruption de la violence ».
Je pourrais te répondre tout simplement que le cinéma que je pratique n’offre jamais aucune « grille de lecture », car il est destiné à un spectateur supposé exercer son libre jugement et capable de se construire sa propre opinion, mais je n’esquiverai pas, car effectivement je pense que c’est précisément cette question de la violence qui donne à ce film de mémoire, son actualité (malheureusement) et son universalité.
Dans le film, je ne condamne pas la violence, comme tu me le fais dire un peu malhonnêtement, mais je m’élève contre la violence exercée sans limite, ce que Camus avait fait depuis longtemps. De plus, je m’élève contre la violence exercée sur des bases ethniques. La violence de l’armée française depuis la Conquête, dont ses généraux n’ont fait aucun mystère, exercée collectivement et ethniquement, autorisait-elle les « révolutionnaires » à agir pareillement ? C’est la question que je pose dans le film à Louisa Ighilahriz. Pourquoi n’en tiens-tu pas compte ? Pourquoi cette surdité à l’endroit de Fernand Iveton (communiste) qui refuse de mettre une bombe dans son usine à l’heure programmée pour tuer ses collègues ouvriers, démontrant qu’un simple soldat peut toujours dire « non » aux ordres qui contredisent sa conscience, même lorsque dans son cas, ce refus ne lui épargne pas le couperet de la guillotine.
Plutôt qu’un mauvais procès, n’aurait-il pas fallu que tu t’interroges sur les 4 manifestations de violence ethnique que propose le film ? En 55 on tue (au couteau) à Skikda pour « faire partir les Français ». En 57, on vise (avec des bombes) « la population étrangère ». En 61, en assassinant le musicien Raymond (au révolver), on provoque le départ de toute sa communauté, juive. Et avec le massacre du 5 Juillet 62, le jour même de l’indépendance, on envoie un message clair à tous les non-musulmans partis dans la précipitation : surtout ne revenez plus !
Ce courant de pensée nationaliste ne fut sans doute pas le seul, et Mohamed Harbi a raison de le rappeler dans notre site, mais force est de reconnaître que c’est lui qui s’est imposé.

L’idée que tu donnes comme une évidence - la lutte armée s’impose quand tous les moyens pacifiques ont été épuisés - n’est-elle pas justement une idée à interroger ?
Plus d’un demi-siècle après, ne penses-tu pas qu’il devrait être possible de le faire sans être considéré immédiatement comme « un apologue du colonialisme » (dixit les nombreuses Voix de leurs Maîtres) ?! Toi, tu préfères te raccrocher paresseusement à la justification habituelle des créateurs du FLN. Mais tous les moyens pacifiques étaient-ils vraiment épuisés ? Quand on examine l’histoire du mouvement national, toutes tendances confondues, on constate plutôt que la lutte pacifique a permis une croissance continue, surtout après les trucages d’élections de 1948 ! Et rien n’indique que cette courbe allait s’inverser ! Au contraire.
Le FLN n’aurait-il donc pas plutôt été créé - comme l’ont dit aussi ses chefs - parce que le parti nationaliste radical d’où il est issu, le MTLD, était en pleine crise politique ? Au lieu de sortir de cette crise en élaborant une nouvelle pensée politique, de nouveaux concepts qui tiennent compte de la complexité de la situation, une frange préféra tout simplifier, tout abréger, en choisissant les armes. En politique, cela ne s’appelle-t-il pas une « fuite en avant » ? Une fuite en avant autoritaire, faut-il le préciser, car le FLN n’a pas attendu 1962, comme tu le sais, pour devenir un parti unique totalitaire. Dès sa constitution, il somma tous les autres partis de se dissoudre, et pour les y contraindre, n’hésita pas à passer à l’acte ! (Tu évoques tranquillement le ralliement du « sage et paisible Ferhat Abbas » ! Tu ignores sans doute le message qu’il reçut du FLN le 20 Août 55, lorsque son neveu du même nom, Abbas, pharmacien à Constantine et élu communiste, fut assassiné, ainsi sans doute que les autres messages tout aussi « sages et paisibles » !).
Un groupe qui impose sa ligne, par les armes, à son propre parti puis à tous les autres, enfin à toute la société, n’est-ce pas ce que l’on peut appeler un putsch ? (Premier d’une longue suite, car il est bien connu que lorsqu’on emprunte ce chemin, il n’y a plus de fin. Quand sera le prochain ?).
Ne peut-on penser que la voie du putsch a été choisie précisément par incapacité ou refus d’envisager qu’à cette époque, une solution politique et humaine juste pose non pas un, mais 3 grands problèmes : mettre fin au système colonial, mettre au point un système politique démocratique qui tiennent compte de la diversité politique, mais aussi de la diversité ethnique ?
Les dirigeants du FLN, de l’origine et de ce qu’il deviendra durant la guerre, puis après, n’ont jamais vraiment envisagé que le premier des problèmes. Avec deux terribles conséquences. D’abord, la dictature, durant et après la guerre, avec la privation de liberté (Boudiaf, Ait Ahmed, etc…) et l’élimination physique comme moyen naturel de régler les divergences (Abane Ramdane, Krim Belkacem, Khider, Mecili, etc…)? Ensuite, une conduite de la guerre sur une base ethnique, avec l’objectif clair, sinon avoué, de provoquer le départ des minorités ethniques avant même l’indépendance ?
Plutôt donc que de reprendre, sans critique, la version officielle de l’histoire du mouvement de libération, ne peut-on se demander si au contraire le choix de la lutte armée, loin d’être la seule voie, n’a pas été celle suicidaire de la destruction tout à la fois des élites politiques qui avaient mis plus de 30 ans pour se constituer, du pluralisme politique, et de la coexistence multiethnique ? On ne peut certes refaire l’histoire, mais peut-on être fier de cette issue ?

Mise à mort d’une expérience de métissage qui généralement est plutôt source de progrès car elle induit le pluralisme et la démocratie, destruction des élites politiques et intellectuelles, militarisation et lobotomisation de la société, gouvernance autoritaire, incompétence des gestionnaires d’Etat n’ayant à répondre qu’à leurs supérieurs, corruption généralisée, absence d’esprit citoyen, désespérance de la jeunesse, mise au pas de la recherche, fuite des cerveaux, taux d’analphabétisme toujours très important, indigence des infrastructures et de la production culturelles, une indépendance formelle ayant accru la dépendance réelle et le retard de développement, et au final un pays qui ne produit presque rien mais consomme presque tout, (luxe rendu possible par une nature généreuse mais pas inépuisable), ce triste bilan ne devrait-il pas nous pousser – surtout nous, qui en avons été les partisans - à nous interroger sur la légitimité elle-même de la violence pour changer le cours injuste des choses de l’Histoire ?
La violence qui se légitime notamment par la difficulté du jeu politique pacifique, ne mène-t-elle pas à la destruction du peu de culture politique qui a pu se constituer dans une adversité tolérée, et une fois le pouvoir conquis, au recours systématique à la violence pour contenir les soubresauts de la société ? La gouvernance autoritaire par les castes dites en Algérie « famille révolutionnaire » dont la seule « légitimité historique » est transformée en rente à vie, n’a-t-elle pas pour résultat essentiel de shunter les forces créatives, et d’accroître un retard qu’elle était censée abréger ?
Combien de temps encore continuera-t-on à refuser de voir des choses aussi évidentes ?
Quand nous poserons-nous enfin la question de savoir si la violence est vraiment la seule réponse à la violence ? Quand nous avouerons-nous qu’elle n’est que Loi du Talion ? N’est-il pas possible d’imaginer des démarches de résistances plus modernes que celle qui consiste à aller « tuer l’opposant » ? La résistance pacifique, plus lente, mais qui transforme en profondeur les consciences et les mentalités, ne serait-elle pas la seule voie pour qu’un peuple entier puisse durablement se refuser à la servitude volontaire ?
Quel est le système, même le plus totalitaire comme celui de l’apartheïd, quel est le Mur même armé du meilleur béton, qui pourrait résister au refus d’obéissance de tout un peuple convaincu ?
La véritable libération n’est-elle pas en définitive celle de la pensée, celle qui permet à chaque individu de se forger sa propre opinion, et de s’engager sans aucune contrainte ? La violence n’est-elle pas le signe d’une impatience, d’une impuissance intellectuelle, et en fait d’une absence de confiance dans ceux que l’on se propose de « libérer » ?

Et puis enfin - et ce n’est pas la moindre des objections, par ces temps de violence généralisée ! - la première obligation de ceux qui se donnent le projet de libérer, de sauver la vie, n’est-elle pas de commencer par la préserver ? Dans une humanité différenciée par des milliers de langues, religions, mystiques, idéologies, philosophies, visions, dont toutes se croient, se disent « justes » et « vraies », le seul dénominateur commun n’est-il pas justement l’être humain lui-même, la première chose à respecter, la femme, l’homme, l’enfant et le vieillard ? Que penser alors d’une éthique de la violence dont le but ne peut-être que la destruction de cette humanité-là, en la personne du tué mais aussi du tueur ?
Qui a raison, le kamikaze du Hamas ou le Cdt Markos qui vient de déclarer à son peuple qu’il fallait changer d’abord ses propres mentalités ? L’animateur d’une association pour la Palestine que tu es, n’aurait-il pas intérêt à se poser aussi, de toute urgence, ce genre de questions ?
Qui a intérêt à faire croire que la non-violence est abdication, alors qu’au contraire elle fait appel à toutes les ressources humaines de la pensée et de l’action pacifique ? Qui a intérêt à faire croire en la supériorité du sang sur le travail de la raison, de la conviction, et de la mobilisation ?

Se poser toutes ces questions serait donc, d’après toi, manquer d’amour pour son pays ? Eh bien vois-tu, j’ai le point de vue exactement inverse.
Contrairement à toi, je ne pense pas que le boulot des intellectuels soit « de faire taire ces pulsions (morbides) de leur société, et de l’éclairer pour qu’elle renoue avec l’estime d’elle-même », encore moins celui des artistes qui tiennent à leurs pulsions, même morbides ! En te lisant, moi l’athée, je prie même le Ciel que tu ne sois jamais Ministre de la Culture ! L’actuelle, en comparaison, serait un enfant de chœur, si tu me permets une référence chère à « mon univers judéo-chrétien ». En un mot, et si tu préfères une référence plus proche de notre univers à tous deux, Jdanov reconnaitrait en toi un digne héritier (rien d’ailleurs dans ta lettre sur la censure que subit mon film en Algérie).
Considérant qu’un intellectuel et un artiste n’ont d’autres comptes à rendre qu’à leur propre conscience, et que dans l’ordre des priorités, avant même sa patrie, il faut d’abord être en règle avec l’Humanité, en balayant d’abord devant sa propre porte, je ne rivaliserai pas avec tes prétentions patrioticardes.
L’absence de liberté intellectuelle qui relègue l’Algérie aux derniers rangs de la recherche en sciences humaines sur elle-même - laquelle se fait désormais en France, en Europe et en Amérique - est, oui, un vrai crime contre l’humanité. Et ceux qui s’y complaisent devraient ne pas être si fiers que ça, car ils auront, et bien plus vite que tu ne te l’imagines, des comptes à rendre à leurs enfants et petits-enfants.
Pour ma part, l’Algérien, berbéro-judéo-chrétien d’origine, arabo-musulman par contamination, et athée par conviction, que je suis, ne t’a pas attendu pour dire en films, ce qu’à été la colonisation, le racisme anti-arabe, et la répression de l’armée française. Et j’aurais été ravi, qu’un cinéaste algérien d’origine berbéro-arabo-musulman, m’évite de faire moi-même le travail que j’ai essayé de faire : voir comment le mouvement nationaliste armé s’est comporté vis-à-vis de la population non-musulmane. Mais 46 ans après, conviens-en, on ne peut pas dire que ça se bouscule au portillon pour voir de l’autre côté du miroir…

En conclusion, je te le disais au début, je viens d’achever une tournée dans le Sud de la France, et tu pourras voir ça sur notre site, dans quelques temps. Mais en attendant, puisque tu t’inquiètes que « des assistances d’extrême-droite ait pu applaudir (mon film) », laisses-moi très vite te rassurer, bien qu’évidemment, les salles françaises n’étant pas encore équipées en détecteurs d’idées, on n’est jamais invulnérable.
Pour ma part et pour ce que j’ai pu entendre, je n’ai vu que des Juifs et des Pieds-noirs, si ce sont bien eux que tu vises, (des femmes et des hommes très basanés, tu sais), apaisés que leurs « frères arabes d’Algérie » disent enfin ce que « ici en France, les Français nous refusent : la reconnaissance de nos souffrances, nous classant comme des fous, ou des fachos ».
Et quand une spectatrice se lève pour crier : « Dites à Aziz qu’on l’aime ! », ou quand une autre, Algéroise, vient me voir à la fin, pleurant en évoquant la scène d’Aziz ne trouvant que « 3 cailloux » en lieu et place de la sépulture de l’oncle-héros, et qu’à ses côtés, une Oranaise pleure, aussi parce que cette scène lui rappelle son père disparu le 5 Juillet 62, j’y ai vu, moi, le signe que ce film pouvait réussir là où les discours politiques avaient jusque-là échoué. M’étant convaincu, entre le tournage et l’accueil du film, qu’il n’y a de guerres de mémoire qu’entre les Etats et les partis, mais pas entre les simples gens, puisse-t-il contribuer à réconcilier les frères hier pris en otage par les conséquences des visions coloniales et nationalistes, et donner à leurs enfants et petits-enfants l’espoir de nouveaux horizons, de nouvelles raisons d’espérer en notre humanité !

PS.
A question indiscrète, autre question indiscrète : Peux-tu m’expliquer comment, pour fuir son pays, un anti-islamiste à l’étoffe nationaliste aussi épaisse peut choisir… le pays d’un aussi impitoyable ex-colonisateur ? N’as-tu pas craint faire retourner dans leurs tombes ces résistants de la première heure qui venaient justement de ta région, Mascara ? Ca doit être dur à vivre non ?

 

 

 

 

 

 

 Les porteuses de feu

 

 Les porteuses de feu
film de Faouzia Fekiri, présenté par FR3 le 26 janvier 2008

Ce sont les entretiens d'une journaliste algérienne Faouzia Fekiri avec une trentaine de jeunes algériennes, âgées de 16 à 20 ans, devenues des poseuses de bombes engagées dans la guérilla urbaine menée par le FLN contre la France en Algérie. Ces tueuses d'enfants, de femmes et de personnes âgées, sont devenues pour certains des "figures emblématiques" de la "bataille d'Alger". Elles racontent leur histoire qui les a transformées de jeunes filles bénéficiant de la civilisation occidentale en terroristes assassinant des civils désarmés. Ce documentaire donne, paraît-il, la parole à des victimes ayant survécu à leurs odieux attentats


Ass. Prof., dr. Gérard Lehmann,
Centre d´Études françaises, Syddansk Universitet Le 29 janvier 2008
Engvejen 18
DK 5874 Hesselager
Danemark

LETTRE OUVERTE À FR 3
Le sourire des assassins


Les porteuses de feu, réalisation algérienne présentée sans commentaire par FR3 ce samedi 27 février à 23h. 15, est un documentaire rappelant un épisode sanglant de la guerre d´Algérie (1954-1962): les attentats terroristes d´Alger qui entraînèrent la bataille d´Alger et la fin de cette vague d´attentats. Le terrorisme FLN n´est pas nouveau: la guerre avait commencé le 1er novembre 1954, très symboliquement, avec l´assassinat d´un instituteur, Guy Monnerot et d´un caïd ancien combattant qui l´accompagnait. À Alger, en ces années 1956-1957, des bombes sont déposées dans des endroits publics, des cafés, des arrêts d´autobus, des stades, à des heures où les foules se pressent. Les explosions soufflent les vitrines, renversent les gens, les tuent, les mutilent, hommes, femmes et enfants. Des civils innocents.

Pour ces jeunes filles BCBG, d´allure très européenne, habillées à l´européenne, elles en ont le look, dit l´une d´entre elles, rien de plus facile que de se fondre dans la foule retour de plage, qui s´attarde aux terrasses de café, de déposer son sac et de filer discrètement. C´est leur mission, leurs opérations, leur lutte contre l´armée française. Et avant même qu´on leur pose la question, nous avons la réponse: les états d´âme, c´est toujours pour nous, jamais pour eux. Il s´agit de la reconquête de la souveraineté de l´Algérie, dont on sait pertinemment qu´elle n´a jamais existé, au moment de la conquête française en 1830, que comme une colonie turque, un repaire de pirates et une terre d´esclavage.

Ces femmes prétendent s´être battues contre l´armée française et contre les ultras colonialistes. Dans la mesure où les attentats terroristes sont dirigés contre la population européenne, les Français d´Algérie, sans compter les musulmans qui ont pris le parti de l´Algérie française (Hizb frança) et aussi bien dans les villes que dans le bled, tous ces gens-là sont assimilés à des ultras colonialistes. Les Français d´Algérie dans leur ensemble doivent donc être considérés comme solidaires du fait colonial: vrai ou faux? Solidaires du fait colonial, ils sont justiciables de la rébellion algérienne. La responsabilité est alors collective:

Il faut tuer: abattre un Européen, c´est faire d´une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé: restent un homme mort et un homme libre,
écrit Sartre : ne leur a-t-il pas donné sa caution morale dans sa Préface aux Damnés de la terre de Frantz Fanon ? Tel est le soutien qu´apporte Sartre aux poseuses de bombes: comment ne se sentiraient-elles pas en bonne compagnie? Assassiner un bébé ultracolonialiste, est-ce vraiment un crime? Mais dans ce discours des poseuses de bombes ou de leur chef Saadi, le pied-noir n´existe pas vraiment, sinon comme une excroissance à éliminer. Où sont ces victimes innocentes, ces familles décimées, ces enfants mutilés, explosés? Où sont les photos de leurs corps sacrifiés, leurs cris, et leurs angoisses près de cinquante plus tard?

Qu´on ne vienne pas me parler ici de vengeance, de représailles, d´équilibre de la terreur. Le terrorisme est l´élément central d´une stratégie de la guerre subversive et du monopole du pouvoir dans la conduite de cette guerre par le FLN.

Une bombe qui tue dix personnes et en blesse cinquante est psychologiquement plus efficace que l´anéantissement d´un bataillon français. Cette instruction de la Centrale aux “combattants” du FLN définit assez bien cette logique de la guerre: creuser un fossé de sang et de haine, provoquer la répression aveugle qui fera, chose tout aussi inacceptable, des civils innocents dans la population musulmane, animer ainsi l´engrenage maudit de la terreur et de la haine. Et ces femmes, il est vrai, jouent un rôle important, qui n´ont pas fait le compte des morts, des mutilés, des estropiés, du pourcentage d´enfants qui ont été leurs victimes, et qui aujourd´hui sourient, paradent, détaillent leurs exploits, sans un mot pour la souffrance de leurs victimes et de leurs familles.

Dans la droite ligne de cette stratégie: la valise ou le cercueil, le nettoyage ethnique, la résistance désespérée des pieds-noirs trahis et abandonnés par leur gouvernement, le siège de Bab-El-Oued, le massacre du 26 mars 1962, cette manifestation pacifique noyée dans le sang, l´Oradour, à Oran, des 5 et 6 juillet 1962, sous le regard indifférent du général Katz, les milliers d´enlèvements, et nos frères harkis suppliciés, abattus après d´indicibles tortures. Dans la droite ligne: les crimes d´État du gouvernement “français” dont on attend vainement, aujourd´hui encore, qu´il prenne ses responsabilités et assume ses crimes, désigne ses coupables, qu´il rende justice à une mémoire et rompe avec l´éternel politiquement correct d´une écriture historienne inspirée par le FLN bouteflicard et ses alliés intellectuels, en France même.

J´aurais compris que l´on présentât ce film s´il avait été suivi d´un débat, avec, en regard, d´autres images, que l´on donnât la parole à certaines des victimes, à quelques uns de ces Français qui, comme Albert Camus, porté par l´espoir fou d´une Trêve civile, voulait au moins que l´on épargnât, des deux côtés, les civils innocents.

Les responsables de l´émission de FR 3 Les porteuses de feu auraient dû y réfléchir à deux fois avant de produire unilatéralement ce message de triomphe haineux qui, loin de servir la cause d´une hypothétique réconciliation, délivre un message négationniste, intellectuellement malhonnête, et insulte à la douleur du peuple pied-noir et de ses frères musulmans sur les deux rives de la Méditerranée.

Vous auriez pu au moins rebaptiser ce “documentaire” Le sourire des assassins.

de M'dame

La salle Cosmos de Riadh El Feth a abrité, mardi dernier, la projection en avant-première du documentaire Les Porteuses de feu de la reporter et réalisatrice Faouzia Fekiri qui, émue, a déclaré rester sans voix, suite aux attentats perpétrés à Ben Aknoun et Hydra, en matinée de ce 11 décembre 2007... « Je pensais que mon pays avait fini avec ces déboires. On ne nous laisse pas tranquille. Le virus ne vient pas d’ici mais d’ailleurs » a-t-elle ajouté

Restée sans voix ? pourquoi ? est -il plus scandaleux et stupéfiant d'oser tuer des Algériens pour défendre un peuple affamé et désespéré devant l'incurie et la corruption d'un gouvernement haï par la majorité des Algériens ?

Le virus ne vient pas d'ailleurs vous le portez encore à la semelle de vos souliers.
Les victimes de lâches attentats ne sont-elle dignes de pitié que musulmanes ? Avez-vous mesdames eu jadis une seule pensée de regrets, de compassion, pour ces enfants qui sont devenus, à cause de vous, des adultes toujours mutilés, sans bras, sans jambes ? Moi qui ne suis pas coupables comme vous, j'ai eu pitié des victimes et je les ai plains, sans les oublier dans mes prières j'ai pensé qu'elles auraint pu être d'anciens petits élèves.

Non mesdames, je pense que vous n'en n'avez pas fini avec " ces déboires" pourquoi ne pas avoir dit ces avatars . Ma rancune et mon ressentiment ne m'inspirent que le regret que ce ne soit pas vous qui vous trouviez sous ces bombes au lieu de ces pauvres innocents.

de Maurice Faivre, historien
 
Ce film constitue une somme de contre-vérités :
- les poseuses de bombes à Alger ne combattaient pas contre l'armée française, elles étaient des terroristes qui tuaient des civils innocents dans les rues, les stades et les autobus. Selon le maire d'Alger, ces attentats ont fait en 14 mois 314 morts et 917 blessés. Des enfants ont été amputés des jambes et des bras.
- ces attentats n'étaient pas une réplique au napalm de l'armée, qui n'a été utilisé que contre les bandes armées du FLN, et jamais contre la population civile,
- la bombe des activistes européens ( le 12 août 1956 rue de Thèbes) avait été précédée des bombes du FLN : - le 17 juin 1955 à Philippeville - le 12 décembre 1955 dans deux cinémas d'Alger. Des ateliers de fabrication de bombes ont été découverts en avril 1955 à Constantine et en juillet 1955 à Blida-Sidi Salem (source le SLNA du colonel Schoen).
- l'émancipation de la femme algérienne, reconnue par l'ordonnance de Gaulle du 4 février 1959, a été abrogée en 1973, et remplacée par le Code de la famille en 1984,
- très rarement des femmes ont été torturées, Zorah Driff l'a reconnu,
- le sous-officier français, servant de faire-valoir et de témoin à ces terroristes, est considéré comme un imposteur par ses chefs et ses camarades. Ses déclarations à Florence Baugé du Monde sont mensongères.
A une époque où le terrorisme de l'Islam radical se développe, il est regrettable que la télévision française glorifie les poseuses de bombes et falsifie leur véritable histoire.


LE RECOURS FRANCE COMMUNIQUE
 
Le samedi 26 janvier 2008 à 23h25, France 3 a diffusé un reportage ayant pour titre : " les porteuses de feu ".
Faouzia Fekiri, journaliste et réalisatrice algérienne a rencontré dans le cadre de son reportage, entre autre l'ancienne terroriste algérienne Madame Zohra Driff.
Durant une heure nous avons eu droit à des déclarations qui ne sont autre que l'apologie de CRIME DE GUERRE.
 
A aucun moment de ce documentaire produit par France 3, chaîne de télévision publique et française, il n'a été question des victimes civiles et innocentes.
Celles-ci et majoritairement des femmes et des enfants, ont été passées sous silence.
Le Recours France et les Rapatriés d'Algérie ne laisseront pas sans suite ces attaques dues à des idéologues qui ne faciliteront certainement pas l'établissement de relations apaisées entre la France et l'Algérie.
 
Il est temps que nos gouvernants prennent conscience que ces insultes sont insupportables au monde des Rapatriés, et que l'on évite de laisser les " Porteuses de mort et de sang " pérorer sur nos antennes.
              Philippe NOUVION
              Secrétaire Général, Recours France
              Ancien Vice-Président du Haut Conseil des Rapatriés
               


REPONSE DE LA MEDIATION DES PROGRAMMES DE FRANCE TELEVISION
 
Nota : la même réponse au mot près a été adressée à chaque protestataire.
 
Bonsoir,
Nous avons bien reçu votre message dans lequel vous exprimez votre vive réaction suite au documentaire consacré aux poseuses de bombes de La Bataille d’Alger, « Les Porteuses de feu », diffusé sur France 3 le 26 janvier dernier à 23h20.
Vous déplorez cette diffusion considérant que ce programme faisait l'éloge de criminelles au détriment des victimes, combattants et déracinés d'Algérie, Harkis comme Pieds-Noirs pour lesquels vous souhaiteriez d'ailleurs davantage de respect et de droit à la parole.
Je tiens à vous préciser que le médiateur n’interfère ni dans le choix des journalistes, animateurs ou consultants qui officient sur les antennes des chaînes du groupe France Télévisions, ni dans le contenu des programmes.
En revanche, il veille à transmettre aux responsables de ces programmes, les propos des téléspectateurs susceptibles d'optimiser l'adéquation de leurs attentes avec l'offre du groupe.
C'est pourquoi je vous remercie d'avoir pris le temps de nous écrire pour nous faire part de votre intérêt et vous informe que nous l’avons relayé à la direction de l’unité documentaires et magazines de la chaîne, laquelle a souhaité communiquer les éléments de réponse suivants : « Depuis toujours la télévision publique a diffusé des films ayant trait aux conflits du passé et du présent, relatifs à notre histoire ou à celle de pays étrangers.
Les films qui touchent à la Guerre d’Algérie ont toujours été l’objet d’un traitement délicat en raison de procès d’intention éventuels, en provenance des différentes parties en présence. En effet les faits sont encore récents, les protagonistes sont encore en vie, et les victimes à juste titre encore très marquées par la violence de certains événements qu’elles auront vécus. Acteurs comme victimes, tous sont marqués à vif par une plaie non encore cicatrisée.
Faouzia Fékiri, auteur du film, est une réalisatrice reconnue, d’origine algérienne, et déjà lauréate d’un FIPA d’OR pour un précédent travail historique sur son pays. Elle est également journaliste à RFI depuis de très nombreuses années.
Le film diffusé ce samedi, relate un épisode connu et notoire de cette guerre, inséré dans ce qu’on a appelé « la Bataille d’Alger », et a déjà été traité dans d’autres films, notamment le très primé LA BATAILLE D’ALGER de Gillo Pontecorvo, dont les images illustrent en grande partie le document de France 3, et plus récemment L’AVOCAT DE LA TERREUR de Barbet Schroeder, présenté au festival de Cannes 2007.
Si le film touche à un sujet sensible, qui peut raviver une histoire douloureuse, il n’est en revanche aucunement une apologie de la violence, ne glorifie pas les actes terroristes perpétrés par des femmes qui ont, à un moment donné de l’histoire de leur pays, pris des armes pour rejoindre les rangs du FLN. L’absurdité de la violence et de la guerre, l’existence de victimes innocentes sont des évidences lorsqu’on aborde de tels sujets, et dans chaque image montrée on ne peut s’empêcher d’y penser.
Le film relate un élément de cette histoire, raconté par des protagonistes qui l’ont vécu, et il y est beaucoup moins question du FLN, et du conflit colonial au sens large, que de la situation des femmes dans un pays musulman, en temps de guerre et sous l’occupation française et de l’impact de leurs actes sur leur entourage, leur famille et leur vie en général.
Un ancien officier de l’armée française témoigne également du carnage, de la violence de ces actes et de la manière dont le gouvernement français a fait face à cette situation.
D’autres films, tels que la série LES PIEDS NOIRS déjà diffusé, ou un film sur le massacre de la Rue d’Isly à Alger, en cours de production, et il y a encore plus longtemps, le documentaire de Patrick Jeudy sur Elie de Saint-Marc (même productrice) composent différentes facettes d’une partie (douloureuse) de l’histoire de France. Une histoire très récente qui provoque à chaque fois des réactions, passionnelles, à la mesure de la violence des faits, en provenance des différents groupes qui se sont affrontés à l’époque.
Chacun de ces films illustre le point de vue d’un auteur, et fait le récit d’événements parfois condamnables, mais aucun d’entre eux n’a fait ou ne fera « l’apologie des tortionnaires, des assassins ou des mutilateurs »…
La presse, qui a salué le film sous différentes formes, n’a relevé aucun message instigateur de violence. »
Salutations attentives
Médiation des programmes
France Télévisions

JEUNE PIED-NOIR Le 31 janvier 2008
BP 4 - 91570 BIEVRES
Gsm : 06 80 21 78 54 « Les peuples ne perdent la vie que lorsqu’ils perdent
Tél: 01 69 41 01 12 - Fax : 01 69 41 89 29 la mémoire » - Maréchal Foch
E-mail : jeunepiednoir@wanadoo.fr
      M. Patrick de CAROLIS, Président de France Télévison
7, Esplanade Henri de France
75005 PARIS Cedex 15
OBJET : FR3 - Emission « Les Porteuses de mort » - Samedi 26 janvier 2008
Monsieur le Président,
Vous avez déjà reçu de nombreux courriels, lettres et télécopies de protestation de Français rapatriés ou non et de leurs associations indignés par la présentation sur une chaîne publique française d’une émission de propagande idéologique annoncée comme un documentaire. Cette émission a été une apologie des crimes terroristes commis par le FLN envers des civils français, crimes, vous ne pouvez l’ignorer, assimilés par l’ONU à des crimes contre l’Humanité.
Lors de la première journée d’hommage aux Harkis du 25 septembre 2001, le Président Jacques Chirac avait qualifié ces crimes d’actes de « barbarie ». La loi du 23 février 2005, dans ses articles 1 et 2, reconnaît la réalité des « massacres et exactions » commis par le FLN contre les Français d’Algérie de toutes origines. Elle associe toutes les victimes civiles et militaires françaises dans un hommage de la Nation chaque 5 décembre. En Algérie, la population civile subit encore aujourd’hui l’horreur d’attentats aveugles identiques à ceux des « poseuses de bombes » du FLN. Le monde libre se trouve confronté à une vague terroriste internationale dont chacun peut - grâce aux médias - juger de la « barbarie ». En France, la liberté d’expression doit-elle se limiter à ne laisser que les tueuses et tueurs d’hier et d’aujourd’hui exprimer leur satisfaction et leur réussite ? En démocratie, la liberté trouve ses limites dans les lois et dans la solidarité de la Nation envers les victimes. Peut-on, au nom « de la liberté de l’artiste » accepter que seuls des terroristes tentent de justifier leurs actes criminels contre les populations civiles, en souriant de leurs méfaits, sans donner la parole à leurs victimes, comme cela avait été annoncé mensongèrement dans la présentation du « documentaire » ? Qu’une journaliste algérienne fasse en Algérie l’éloge de la terreur cela peut paraître cohérent. Qu’elle vienne le faire sur une chaîne d’Etat française ne fait qu’ajouter de nouvelles souffrances à celles déjà endurées par les victimes du FLN depuis 50 ans.
Notre association soutient l’ensemble des demandes qui vous ont été adressées par nos compatriotes et plus particulièrement celle que vous a fait parvenir le 29 janvier M. Denis Fadda, Professeur des facultés de Droits et Président du Comité de Liaison National des Associations de Rapatriés - CLAN-R - qui se verrait dans l’obligation d’envisager des poursuites contre France Télévisions si FR3 n’accordait pas rapidement un droit de réponse aux innocentes victimes des « porteuses de mort » du FLN, ainsi qu’à leurs familles.
Deux millions de Français rapatriés comptent sur votre sens de l’équité. Restant à votre disposition,
Nous vous prions de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de nos salutations distinguées.
Bernard COLL
Secrétaire général de JPN
Copie : M. Le Président de la République - M. Le Premier ministre
M. Le Président de la Mission Interministérielles aux Rapatriés
M. Le Président du CSA, Mmes et MM. Les Parlementaires et Maires
Mmes et M. les Présidents des Associations de Français rapatriés

LES PORTEUSES DE FEU / LES VRAIS HÉROS NE TUENT PAS D'ENFANTS
A mr le médiateur Info France 3 : mediateurinfo@france3.fr
Monsieur le médiateur,
Sachant que vous n'etes pas directement concerné par les critiques faites par les télespectateurs de France 3, je vous remercie de bien vouloir transmettre aux responsables de l'émission tres contestable de samedi 26 janvier "Les porteuses de feu" de Faouzia Fekiri, la critique et les remarques que j'apporte sur cette oeuvre en LETTRE OUVERTE qui sera donc, en tant que telle, diffusée tres largement.
- Je demande expréssement une réponse de la part de la direction de FR3.
- Je demande également que la direction ainsi que mme Fekiri s'associent á une condamnation universelle,sans réserves d'aucune sorte,de violences quelles qu'elles soient, commises délibérément contre des victimes civiles innocentes.
- Vous pouvez évidemment vous associer vous aussi á cette condamnation.
Il est par ailleurs inutile de m'envoyer la réponse stéréotypée que tous ceux ayant écrit leur vive désapprobation sur ce film ont recue.
Je connais déjà cette réponse, et n'ai pas de temps pour la relire.
Merci de votre compréhension.
Nicole Guiraud
Frankfurt/Main
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"LES VRAIS HÉROS NE TUENT PAS D'ENFANTS"
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LETTRE OUVERTE
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AUX RESPONSABLES DE LA PROGRAMMATION ET DIFFUSION DU DOCUMENTAIRE
APOLOGÉTIQUE DE FAOUZIA FEKIRI "LES PORTEUSES DE FEU" SUR FR3, 26.01.08
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Comme de nombreuses personnes qui ont déja fait part de leur indignation á vos services de programmation,je vous adresse aujourd'hui mon sentiment de dégout devant ce film de propagande FLN qui fait un éloge indécent de
tueuses d'innocents ( particulierement d'enfants ) osant se faire passer pour des "Résistantes" -comme si la Résistance pouvait consister dans le meurtre de civils innocents, désarmés, coupables simplement d'etre nés "gaouris", c'est-a-dire "petits Blancs", Européens chrétiens ou juifs.
Ceci déja pour situer la connotation clairement "ethnique" des actes de ces "héroines".
Mais il y a plus grave. Il se trouve que je suis l'une des victimes de ces "dames", mutilée a 10 ans par la (les?) bombe du Milk-Bar, le 30 septembre 1956, veille de la rentrée des classes - ce qui explique le grand nombre d'enfants fétant leur dernier jour de vacances dans les glaciers et cafés de la ville: Que ce choix de toucher en priorité des
enfants ne soit pas dú au hasard,mais ait fait partie de la "stratégie révolutionnaire" des terroristes, voila qui est bien súr moins glorieux pour nos "héros", qui préferent le "passer sous silence"....
Les coupables se reconnaitront. Je dois préciser que je n'étais pas la plus jeune parmi les victimes (morts et blessés), car il y avait aussi des enfants de 5 ans, 8 ans ... Mais qu'importe, puisqu'il s'agissait de gosses "Ultra", ultra-colonialistes s'entend.
Le film de Faouzia Fekiri, qui donne une large place a l'attentat de la rue de Thebes pour nous expliquer - selon la these officielle - les attentats organisés "en représailles" par Yacef Saadi, fait malheureusement l'impasse sur les attentats terroristes précédents, ayant causé la mort et la mutilation de tres nombreux civils européens ET musulmans réfractaires au FLN, et ce depuis 1954...
C'est d'ailleurs bien cet engrenage qui avait poussé Albert Camus a organiser une Treve civile en 1956, rejetée (faut-il le rappeler?) non seulement par les "Ultras colonialistes",mais surtout par les amis FLN de ces "dames", que le projet de paix dérangeait dans leurs plans ....
De cela le film ne dit mot.
Loin de moi de chercher á justifier cette escalade de la violence, mais il y a je pense une certaine hypocrisie a vouloir camoufler ces faits et a inverser les dates. Ceci autant de la part de la réalisatrice qui, au cas ou elle les "ignorerait", aurait dú s'informer plus sérieusement avant le tournage du film, que de la part des poseuses de bombes et de leur patron Yacef Saadi lesquels, bien évidemment, ont tout intéret à les taire et a présenter une version qui les avantage.
Mais tous les spectateurs n'étant pas des ignares manipulables a merci,
il aurait par conséquent été plus judicieux, ou tout simplement plus honnête, d'en tenir compte et de montrer les faits RÉELS dans leur exacte chronologie et leur enchainement :
Concernant cet "épisode connu et notoire inséré dans ce qu'on a appelé la bataille d'Alger", je rappelle que les attentats terroristes n'ont pas débuté en 1957 comme il est dit dans le film - ce qui voudrait dire qu'ils n'étaient qu'une réponse légitime á la répression militaire -, mais en 1956 - ce qui veut dire exactement le contraire, la répression
militaire ayant été une réaction logique au terrorisme qui ensanglantait la ville -. Il convient de ne pas mélanger les EFFETS et les CAUSES, ou sinon cela s'appelle de la manipulation de l'information.
 
J'ajoute que le film-culte d'une certaine époque déja lointaine, "La bataille d'Alger" de Pontecorvo, n'est plus aujourd'hui une référence même s'il a été "tres primé"..., et si "ses images illustrent le documentaire de FR3 de Y.Boisset et plus récemment 'L'avocat de la terreur' de B. Schroeder" - ces deux films ne faisant que reprendre un discours classique, complaisant, et entre-temps terriblement banal.
Ce film de Pontecorvo,bien fait sur un plan formel,n'en reste pas moins contestable aux yeux de ceux qui, comme moi, ont vécu en VICTIME ces événements. Léché, propret, astiqué selon la propagande FLN pour public parisien, sans une goutte de sang ni blessures visibles ( en tout cas pas chez les Européens), il a fini par ne plus etre crédible.
Tout y est trop propre, surtout les explosions ...
La réalité du terrorisme est hélas bien plus sordide pour les victimes, aussi a l'heure actuelle de sa recrudescence, version islamiste...
Chaque nation a ses héros, et l'Algérie a le droit d'avoir les siens.
            Mais chez elle en Algérie. Pas chez nous en France.
Car il me semble qu'en 1962, la France est devenue indépendante de l'Algérie ...
Le documentaire de mme Fekiri a donc toute sa place dans SON pays, où ces femmes terroristes peuvent se glorifier d'avoir "pris les armes contre les colonialistes". Mais lorsqu'il est montré sur le territoire
francais, où vivent les victimes de ces terroristes et leurs familles (toutes contribuables je le rappelle),la moindre des corrections serait de respecter leur douleur et de ne pas verser dans la démagogie en adoptant le "discours du vainqueur". Car pour les victimes du FLN, ces femmes n'ont pas "pris les armes": Elles ont jeté des bombes pour tuer
et mutiler des civils innocents... Il n'y a pas lá, que je sache, de quoi en tirer fierté. Les actes terroristes contre des civils innocents sont des actes criminels gravissimes, universellement condamnés par la communauté internationale et par l'ONU.
Cela aussi, faut-il le rappeller ?
Par ailleurs, les actes terroristes commis par ces femmes, s'ils sont instrumentalisés par certains - et d'abord par elles-memes - comme un modéle d'émancipation pour "la situation des femmes en pays musulman", sont révélateurs de l'état de régression avancée dans lequel se trouve ce malheureux pays.
Et franchement je dois dire que, en ce qui concerne "l'émancipation de la femme musulmane ", ....le 13 mai 1958, nous avions fait mieux.
Le terrorisme n'a jamais libéré personne. La culture de la violence non plus.
Qu'on arrête enfin de vouloir nous faire avaler ces sornettes...
Il est également irrecevable d'affirmer que "l'existence des victimes innocentes est une telle évidence" qu'on n'a pas besoin de montrer les images. Car cette attitude permet tous les gommages de réalités dérangeantes, en allant de la propreté clinique d'un film a la Pontecorvo á l'escamotage total des victimes, qui deviennent de fait virtuelles jus-
qu'a douter de leur existence-meme !

Personne ne "pense aux victimes" lorsqu'elles sont refoulées,occultées, = "PASSÉES SOUS SILENCE", justement ...
La seule maniére d'y "penser", c'est de les montrer, d'en parler.
De confronter le public avec leur réalité de TORTURE permanente , ... et ces "dames" avec les conséquences de leurs oeuvres.
Lá s'arrêteraient l'idéologie et l'apologie, les grands discours, les beaux rôles avantageux, et les gestes théâtraux.
Lá commenceraient la vraie conscience, le vrai courage, et peut-être aussi - s'il n'est pas trop tard - le vrai dialogue.
L'OBJECTIVITÉ tout simplement, et non plus cet abime insondable entre la représentation officielle de ces "Héros", ... et la sinistre réalité de leurs actes...
Mais c'est bien cela qu'il faut éviter a tout prix .... Surtout ne pas montrer la réalité,les preuves tangibles des "actions" de ces "héros et héroines" qui semblent exercer une telle fascination sur l'intellectuel "romantique" occidental moyen ...
 
Séjournant réguliérement en Allemagne depuis des décennies, j'ai invité récemment un groupe d'amis -allemands et étrangers- á visionner ce film "Les porteuses de feu", et á me donner leur avis.
Tous étaient atterrés. Tous ont remarqué le ton ouvertement apologétique de cette oeuvre, l'adhésion terrifiante a la violence et au terrorisme de ces "fidayate" qui les confondent avec une émancipation en tant que femmes. Les plus choqués étaient les Espagnols et les Anglais, encore marqués par les récents attentats terroristes dans leur pays, mais aussi des opposants iraniens.
Aucun ne comprenait qu'un "tel film ait pu être diffusé SANS COMMENTAIRE ET SANS DÉBATS sur une chaine publique francaise", "dans un pays démocratique comme la France", "la patrie des Droits de l'Homme...!"
Difficile de leur expliquer qu'en France la presse est libre, mais pas la voix de (certaines) victimes, celles-ci étant "PASSÉES SOUS SILENCE".
Leurs commentaires étaient unanimes : Les méthodes terroristes employées contre des civils innocents,QUELLE QUE SOIT LA CAUSE, sont indéfendables et impardonnables .
Si nous devions avoir appris quelque chose des dernieres décennies, ce serait pourtant bien cela ...
Car, concluaient mes amis : "LES VRAIS HÉROS NE TUENT PAS D'ENFANTS".
Il y a des jours où j'ai honte d'être française ...
 
Nicole Guiraud
- Victime á l'age de 10 ans de l'attentat du Milk-Bar (30.09.1956)
- Artiste-plasticienne en France et en Allemagne.
- Réalisatrice du court-métrage "La valise á la mer" (15 mn), primé internationalement, diffusé sur plusieurs chaines a l'étranger (dont ARTE), mais jamais en France.

 

 

 

 

 

Lettre ouverte au Président Bouteflika de M. André Savelli,
professeur agrégé au Val de Grâce, Chevalier de la Légion d’Honneur, Officier de l’Ordre National du Mérite

Monsieur le Président,

En brandissant l'injure du génocide de l'identité algérienne par la France, vous saviez bien que cette identité n'a jamais existé avant 1830. Mr Ferrat Abbas et les premiers nationalistes avouaient l'avoir cherchée en vain. Vous demandez maintenant repentance pour barbarie : vous inversez les rôles !

C'était le Maghreb ou l'Ifriqiya, de la Libye au Maroc. Les populations, d'origine phénicienne (punique), berbère (numide) et romaine, étaient, avant le VIIIème siècle, en grande partie chrétiennes (500 évêchés dont celui d'Hippone / Annaba, avec Saint Augustin). Ces régions agricoles étaient prospères.

Faut-il oublier que les Arabes, nomades venant du Moyen Orient, récemment islamisés, ont envahi le Maghreb et converti de force, « béçif » (par l'épée), toutes ces populations. « Combattez vos ennemis dans la guerre entreprise pour la religion. Tuez vos ennemis partout où vous les trouverez » (Coran, sourate II, 186-7). Ce motif religieux était élargi par celui de faire du butin, argent, pierreries, trésor, bétail, et aussi bétail humain, ramenant par troupeaux des centaines de milliers d'esclaves berbères; ceci légitimé par le Coran comme récompense aux combattants de la guerre sainte (XLVIII, 19, 20) .Et après quelques siècles de domination arabe islamique, il ne restait plus rien de l'ère punico romano berbère si riche, que des ruines (Abder-Rahman ibn Khaldoun el Hadram , Histoire des Berbères,T I, p.36-37, 40, 45-46. 1382).

Faut-il oublier aussi que les Turcs Ottomans ont envahi le Maghreb pendant trois siècles, maintenant les tribus arabes et berbères en semi esclavage, malgré la même religion, les laissant se battre entre elles et prélevant la dîme, sans rien construire en contre partie.

Faut-il oublier que ces Turcs ont développé la piraterie maritime, en utilisant leurs esclaves. Ces pirates barbaresques arraisonnaient tous les navires de commerce en Méditerranée, permettant, outre le butin, un trafic d'esclaves chrétiens, hommes, femmes et enfants. Dans l'Alger des corsaires du XVI ème siècle, il y avait plus de 30 000 esclaves enchaînés. D'où les tentatives de destruction de ces bases depuis Charles Quint, puis les bombardements anglais, hollandais et même américain…..Les beys d'Alger et des autres villes se maintenaient par la ruse et la force, ainsi celui de Constantine, destitué à notre venue, ayant avoué avoir fait trancher 12 000 têtes pendant son règne.

Faut-il oublier que l'esclavage existait en Afrique depuis des lustres et existe toujours. Les familles aisées musulmanes avaient toutes leurs esclaves africains. Les premiers esclavagistes, Monsieur le Président, étaient les négriers noirs eux-mêmes qui vendaient leurs frères aux Musulmans du Moyen Orient, aux Indes et en Afrique (du Nord surtout), des siècles avant l'apparition de la triangulaire avec les Amériques et les Antilles, ce qui n'excuse en rien cette dernière, même si les esclaves domestiques étaient souvent bien traités.

Faut-il oublier qu'en 1830, les Français sont venus à Alger détruire les repaires barbaresques ottomans qui pillaient la Méditerranée, libérer les esclaves et, finalement, affranchir du joug turc les tribus arabes et berbères opprimées.

Faut-il oublier qu'en 1830, il y avait à peu près 5 000 Turcs, 100 000 Koulouglis, 350 000 Arabes et 400 000 Berbères dans cette région du Maghreb où n'avait jamais existé de pays organisé depuis les Romains. Chaque tribu faisait sa loi et combattait les autres, ce que l'Empire Ottoman favorisait, divisant pour régner.

Faut-il oublier qu'en 1830 les populations étaient sous développées, soumises aux épidémies et au paludisme. Les talebs les plus évolués qui servaient de toubibs (les hakems), suivaient les recettes du grand savant « Bou Krat » (ou plutôt Hippocrate), vieilles de plus de 2 000 ans .La médecine avait quand même sérieusement évolué depuis !

Faut-il oublier qu'à l'inverse du génocide, ou plutôt du massacre arménien par les Turcs, du massacre amérindien par les Américains, du massacre aborigène par les Anglais et du massacre romano-berbère par les Arabes entre l'an 700 et 1500, la France a soigné, grâce à ses médecins (militaires au début puis civils) toutes les populations du Maghreb les amenant de moins d'un million en 1830 en Algérie, à dix millions en 1962.

Faut-il oublier que la France a respecté la langue arabe, l'imposant même au détriment du berbère, du tamashek et des autres dialectes, et a respecté la religion (ce que n'avaient pas fait les Arabes, forçant les berbères chrétiens à s'islamiser pour ne pas être tués, d'où le nom de « kabyle » - j'accepte).

Faut-il oublier qu'en 1962 la France a laissé en Algérie, malgré des fautes graves et des injustices, une population à la démographie galopante, souvent encore trop pauvre, - il manquait du temps pour passer du moyen âge au XX ème siècle - mais en bonne santé, une agriculture redevenue riche grâce aux travaux des Jardins d'Essais, des usines, des barrages, des mines, du pétrole, du gaz, des ports, des aéroports, un réseau routier et ferré, des écoles, un Institut Pasteur, des hôpitaux et une université, la poste… Il n'existait rien avant 1830. Cette mise en place d'une infrastructure durable, et le désarmement des tribus, a été capital pour l'Etat naissant de l'Algérie.

Faut-il oublier que les colons français ont asséché, entre autres, les marécages palustres de la Mitidja, y laissant de nombreux morts, pour en faire la plaine la plus fertile d'Algérie, un grenier à fruits et légumes, transformée, depuis leur départ, en zone de friche industrielle.

Faut-il oublier que la France a permis aux institutions de passer, progressivement, de l'état tribal à un Etat nation, et aux hommes de la sujétion à la citoyenneté en construction, de façon, il est vrai, insuffisamment rapide. Le colonialisme, ou plutôt la colonisation a projeté le Maghreb, à travers l'Algérie, dans l'ère de la mondialisation.

Faut-il oublier qu'en 1962, un million d'européens ont dû quitter l'Algérie, abandonnant leurs biens pour ne pas être assassinés ou, au mieux, de devenir des habitants de seconde zone, des dhimmis, méprisés et brimés, comme dans beaucoup de pays islamisés. Il en est de même de quelques cent mille israélites dont nombre d'ancêtres s'étaient pourtant installés, là, 1000 ans avant que le premier arabe musulman ne s'y établisse. Etait-ce une guerre d'indépendance ou encore de religion ?

Faut-il oublier qu'à notre départ en 1962, outre au moins 75 000 Harkis, sauvagement assassinés, véritable crime contre l'humanité, et des milliers d'européens tués ou disparus, après ou avant, il est vrai, les excès de l'O.A.S., il y a eu plus de 200 000 tués dans le peuple algérien qui refusait un parti unique , beaucoup plus que pendant la guerre d'Algérie. C'est cette guerre d'indépendance, avec ses cruautés et ses horreurs de part et d'autre, qui a fondé l'identité algérienne. Les hommes sont ainsi faits !

Monsieur le Président, vous savez que la France forme de bons médecins, comme de bons enseignants. Vous avez choisi, avec votre premier ministre, de vous faire soigner par mes confrères du Val de Grâce. L'un d'eux, Lucien Baudens, créa la première Ecole de médecine d'Alger en 1832, insistant pour y recevoir des élèves autochtones. Ces rappels historiques vous inciteront, peut-être, Monsieur le Président, à reconnaître que la France vous a laissé un pays riche, qu'elle a su et pu forger, grâce au travail de toutes les populations, des plus pauvres aux plus aisées - ces dernières ayant souvent connu des débuts très précaires -. La France a aussi créé son nom qui a remplacé celui de Barbarie. Personne ne vous demandera de faire acte de repentance pour l'avoir laissé péricliter, mais comment expliquer que tant de vos sujets, tous les jours, quittent l'Algérie pour la France ?

En fait, le passé, diabolisé, désinformé, n'est-il pas utilisé pour permettre la mainmise d'un groupe sur le territoire algérien ? Je présente mes respects au Président de la République, car j'honore cette fonction.

Un citoyen français,
André Savelli,


 
L'écrivain, Boualem Sansal, qui vit à Alger, adresse dans un livre
une lettre de colère et d'espoir où il rêve d'une Algérie vraiment authentique.
 


Quelles sont, selon vous, les raisons du mal-être qui ravage le pays ?
Les réponses renvoient toutes à ces thèmes que nous ruminons à longueur de temps : l'identité, la langue, la religion, la révolution, l'histoire, l'infaillibilité du raïs.
Ce sont là ces sujets tabous que le discours officiel a scellés dans un vocable fort : les Constantes nationales. Défense d'y toucher, on est dans le sacré du Sacré. Stupeur et tremblement sont de rigueur. Ouvrons la boîte des Constantes et faisons la part des choses.
 
Le peuple algérien est arabe

Cela est vrai, mes frères, à la condition de retirer du compte les Berbères (Kabyles, Chaouis, Mozabites, Touaregs, etc., soit 80% de la population) et les naturalisés de l'histoire (mozarabes, juifs, pieds-noirs, Turcs, coulouglis, Africains... soit 2 à 4%). Les 16 à 18% restants sont des Arabes, personne ne le conteste. Mais on ne peut jurer de rien, il y eut tant d'invasions, d'exodes et de retours dans ce pays, hors la couleur du ciel, rien n'est figé. Nos ancêtres les Gaulois et nos ancêtres les Arabes sont de ce mouvement incessant de l'histoire, et ça laisse des traces. Moi-même, qui ai beaucoup cherché, je suis dans l'incapacité de dire ma part rifaine, kabyle, turque, judéo-berbère, arabe et mon côté français. Nous sommes trop mélangés, dispersés aux quatre vents, il ne nous est pas possible, dans ma famille, de savoir qui nous sommes, d'où nous venons et où nous allons, alors chacun privilégie la part de notre sang qui l'arrange le mieux dans ses démarches administratives. Les Berbères n'ont pas forcément vocation à être, à eux seuls, les enfants de l'Algérie. Le fait d'être là depuis le néolithique n'est pas une fin en soi. Bientôt les Chinois, de plus en plus nombreux chez nous, pourront clamer que l'Algérie est chinoise et il sera difficile de les contredire. Disons que pour le moment l'Algérie est peuplée d'Algériens, descendants des Numides, et on en reste là. Cette Constante, l'affirmation entêtée d'une arabité cristalline descendue du ciel, est d'un racisme effrayant. En niant en nous notre pluralité multimillénaire et en nous retirant notre élan naturel à nous mêler au monde et à l'absorber, elle nous voue tout simplement à la disparition. Pourquoi veut-on faire de nous les clones parfaits de nos chers et lointains cousins d'Arabie ? De quoi, de qui ont-ils peur ? Je comprends que les Kabyles, les Berbères les plus ardemment engagés dans le combat identitaire en aient assez d'être vus comme inexistants dans leur propre pays, ou pire, comme une scorie honteuse de l'histoire des Arabes. Mais quand même, s'ingénier à se vouloir arabes par force et s'affirmer kabyles avec la même farouche intensité, c'est pile et face du même racisme. Nous sommes des Algériens, c'est tout, des êtres multicolores et polyglottes, et nos racines plongent partout dans le monde. Toute la Méditerranée coule dans nos veines.
 
Le peuple algérien est musulman

Clamée avec cette inébranlable intention, cette Constante est une plaie, elle nie radicalement, viscéralement, les non-croyants, les non concernés et ceux qui professent une foi autre que l'islam. En outre, elle offre le moyen à certains de se dire meilleurs musulmans que d'autres, et qu'en vertu de cela ils ont toute latitude de les redresser. De là à songer à les tuer, en même temps que les apostats, les mécréants, les non-pratiquants et les tenants d'une autre foi, il n'y a qu'un pas et il a été maintes fois franchi en toute bonne conscience.
En validant cette Constante, la Constitution, qui stipule que " l'islam est religion d'Etat ", fait de l'Etat le garant d'un génocide annoncé et en partie réalisé. Et nous voilà forcés à la peur, à la vigilance, à l'hypocrisie, à la protestation permanente de bonne foi, à la surenchère, bref, à la bigoterie institutionnalisée, et de là, à nous enrôler dans le jeu infernal des chefferies en place. Il faut bien vivre et penser à sa famille. On s'invente une filiation, on se fait une barbe, on se cogne le front contre le mur pour se faire la marque nécrosée du grand dévot, on se déguise en taliban fiévreux. Du mimétisme au fanatisme, il n'y a qu'un pas. La phase suivante de l'islamisme, et elle viendra, c'est un processus cumulatif à explosions périodiques, sera infiniment plus terrible. Affirmer que le peuple algérien est musulman revient à dire : qui n'est pas musulman n'est pas des nôtres. Or tout croyant trouvera sur sa route plus croyant que lui. Si de l'étincelle ne jaillit point la lumière, alors le feu ira à la poudre.
Il n'y a qu'un système qui peut nous sauver de ce processus funeste : la laïcité. Est-ce si sûr, la France laïque est-elle à l'abri de ses intégristes ? La laïcité est une condition nécessaire mais non suffisante. Il y a encore tant à faire pour que la liberté, l'égalité et la fraternité soient le pain de chaque jour pour tous. En attendant, chez nous, entre nous, empressons-nous de mettre un peu de laïcité dans notre thé, ce sera ça de gagné. On pourra alors être musulmans sans avoir de comptes à rendre à personne, sauf à Allah, le jour du Jugement dernier. Et d'ores et déjà, nous le savons, sa clémence nous est acquise.
Et si le gouvernement voulait bien nous écouter un jour, nous lui suggérerions de supprimer l'enseignement religieux de l'école publique, de fermer les mosquées qui ont proliféré dans les sous-sols des ministères, des administrations, des entreprises, des casernes, de revenir au week-end universel, de réduire la puissance des haut-parleurs des minarets, de fondre l'impôt religieux dans la fiscalité ordinaire, d'intégrer la construction des mosquées dans le plan directeur des villes, etc. L'étape suivante réclame un ingrédient essentiel que le gouvernement ne peut, hélas, pas nous donner : la démocratie.
 
L'arabe est notre langue

Rien n'est moins évident. L'arabe classique est langue officielle, c'est vrai, mais pas maternelle, pour personne. Chez soi, en famille, dans le clan, la tribu, le arch, le douar, le quartier, c'est notre quotidien, nous parlons en berbère (kabyle, chaoui, tamashek...), en arabe dialectal ou en petit français colonial, voire les trois ensemble quand on a le bonheur de posséder l'un et l'autre. Personne ne le fait en arabe classique, sauf à vouloir passer pour un ministre en diligence ou un imam sur son minbar. Plus tard, les choses se gâtent affreusement : pendant que les parents travaillent en arabe classique (dans certaines administrations) ou en français moderne (dans le reste du monde professionnel), les enfants papotent, jouent, s'amourachent ou se disputent dans l'une ou l'autre des langues berbères ou en arabe dialectal, mais font leurs devoirs en arabe classique, version ministère de l'Education, tandis que leurs grands frères, à l'université, étudient en français et se parlent dans une sorte d'espéranto empruntant à toutes les langues et patois usités dans le pays.
La mauvaise gestion politique de cette question sensible a fini par balkaniser le pays. Trois courants forts se sont taillé chacun son empire dans le système : le courant arabophone, tout-puissant dans l'enseignement primaire et secondaire, la justice, la police, l'administration territoriale, la télévision, les partis de l'Alliance ; le courant francophone, appelé aussi Hizb França, le parti de la France, maître absolu dans l'administration centrale, les entreprises, les universités, les grandes écoles, les partis et associations démocratiques, et la communication internationale ; le courant berbérophone, qui s'est fait un nid dans le culturel marginalisé. Un quatrième courant, récent, dit algérianiste, tente timidement de fédérer ces puissants Etats tandis que le courant anglophone, encore peu visible, prépare une offensive globale. La conclusion, vous la connaissez : l'arabe classique est la langue de l'Algérie mais les Algériens parlent d'autres langues. Ça ne vous rappelle pas l'Europe du Moyen Age ? Moi, si. Les seigneurs glosaient en latin, les serfs se débrouillaient comme ils pouvaient.
Dans le discours officiel, il y a des affirmations politiques. La première est que nous ignorons l'arabe parce que le colonialisme nous en a frustrés. Y croyez-vous ? Moi pas, ou alors qu'on m'explique pourquoi ce foutu colonialisme n'a pas agi de même pour nos autres langues. L'arabe dialectal était enseigné dans ses lycées au côté de l'arabe classique, et nos langues berbères se pratiquaient au vu et au su de ses gendarmes alors même qu'elles véhiculaient dans leurs chants et poèmes un discours des plus insurrectionnels. En outre, l'arabe classique s'enseignait tranquillement dans les écoles coraniques et les medersas, et très officiellement dans les lycées dits franco-musulmans, qui, soit dit en passant, et cela est connu, ont produit de très fins lettrés bilingues. Cela dit, la guerre de libération a essentiellement emprunté à la langue française et à son incomparable essence révolutionnaire pour construire ses plans, véhiculer ses idées, internationaliser la cause. La fameuse proclamation du 1er novembre 1954 de même que la charte de la Soummam ont été rédigées en un français que ne désapprouverait aucunement l'Académie française, encore moins maintenant que notre compatriote Assia Djebbar y siège de plein droit. Notre grand écrivain Kateb Yacine a résumé son élégante pensée en une phrase : "Le français est à nous, c'est un butin de guerre." La deuxième affirmation est que le colonialisme a nié notre identité et nos origines. Là, c'est vrai, nos ancêtres les Gaulois était d'un ridicule accompli. Ce n'est même pas valable en France, où un Français sur deux a un parent d'origine étrangère, quand ce n'est pas toute la famille. Mais à quelques pour cent près, ne pourrait-on pas dire la même chose à propos de nos ancêtres les Arabes ? Si le gouvernement voulait bien nous écouter, nous lui suggérerions de constitutionnaliser l'arabe dialectal et le français. On n'est jamais fou quand on édicte des lois qui correspondent à la réalité et jamais on n'a assez de langues pour se faire comprendre.

Ainsi décortiquées, lesdite